Contacter les coordinateurs du projet



  • Jean-Pierre Pinet
    Responsable du projet
    "Internet de Rue"

    jeanpierre.pinet
    (AT)atd-quartmonde.org


    Bruno Oudet
    Responsable Scientifique
    bruno.oudet(AT)imag.fr

Projet labellise

Decouvrez le projet Internet de Rue

  • Le projet Internet de rue a telecharger en .rtf
    [Re]création du lien social à partir des TIC en allant au-devant des familles les plus pauvres. Développer et valider par une recherche/action à Paris et dans le Val d'Oise une démarche de sensibilisation et d'utilisation des TIC par des parents ou jeunes adultes de familles en situation de grande pauvreté afin de contribuer à la [re]-création du lien social. Démarche au départ individuelle et mise en oeuvre au plus proche des lieux de vie de ces personnes et notamment dans la rue, sur les pas de porte… Tirer le meilleur parti de l'expérience déjà accumulée dans les points d'accès publics recueillie lors d’une enquête auprès de ces espaces. Résultats du projet : - un site de référence sur le thème de l’utilisation des TIC comme outil pouvant contribuer à l'inclusion sociale, - la réalisation d'un document d'accompagnement des familles les plus pauvres pour l'appropriation des TIC incluant les aspects techniques (quels matériels, quels logiciels), des points de repères pour réussir, des erreurs à éviter, des propositions d’amélioration, en particulier de sites (services) publics.
  • Uses Of Internet Project (in English) to download in rtf. format
    This project is about developing and verifying through action research in Paris and the Val d'Oise (France), the raising of awareness and promotion of ICT use by parents or young adults living in extreme poverty, with the ultimate aim of contributing to the [re] creation of social interconnectedness. Initially, this approach will be carried out on an individual basis, in close proximity to where these people live, e.g. in the street, on the doorstep, derived largely, from the experience already accumulated in the public internet access points, from a survey of these areas. The results will be: - a portal website in French about digital divide, - an internet guide to ICT use as a means to achieving social inclusion, a document about accompaniment in ICT use of families in extreme poverty, including the technical aspects (what equipment, what software), reference points for succeeding, mistakes to avoid, suggestions for improvement, in particular for public service websites.

21 mai 2007

Nous ne sommes pas des unites statistiques

Dans un récent rapport, Eurostat constate la "réduction de la fracture numérique" en comptabilisant le nombre de ménages ayant un ordinateur et une connection Internet. La Commissaire européenne, Viviane Reding, prône quant à elle l'accès gratuit à Internet pour combatre l'exclusion sociale, reprenant en celà ses propos de 2004.

C'est bien méconnaître la réalité. Toute notre expérience, et celle de nombreux acteurs de terrain de l'accès à Intenet montre que ce n'est pas la connection qui crée le besoin, mais bien l'utilité réelle que les familles les plus pauvres voient dans l'usage d'Internet qui les amènent à l'utiliser.

L'exemple du téléphone portable, pourtant très répandu, lui, chez ces familles n'a pas été analysé. On a là un outil permettant de rester en lien avec sa famille, en particulier des enfants placés, de chercher du travail où qu'on soit, d'être joint par un travailleur social, etc. Un outil que l'on peut renouveler facilement, contrairement au téléphone fixe qui nécessitait d'avoir un logement, une adresse et qui, lorsqu'il était coupé pour impayés plongeait les familles dans une longue période où elles étaient coupées du monde.

Même si, en Inde - bien en avance sur nos pays -, on travaille à un ordinateur à 10 $, les coûts ne sont pas les seuls obstacles à l'utilisation d'Internet. L'illettrisme - encore très présent dans nos pays industrialisés-, même s'il n'est pas un obstacle à la découverte de l'orinateur, en est un à son usage répété. Et que dire de l'acquisition des nouvelles copétences nécessaires au maniement de cet outil. Ou encore du manque de contenus intéressant directement la vie quotidienne de ces familles...

Non, décidément, raisonner en terme d'unités statistiques n'est pas une perspective politique fiable.

08 mars 2007

Elections et fracture numerique

On ne peut pas dire que la question de la "fracture (ou du fossé) numérique" ait envahi la campagne électorale, pas plus que la lutte contre la pauvreté ou celle contre la fracture sociale. Heureusement que les "Enfants de Don Quichotte" ont, un moment, pu faire braquer les projecteurs sur eux et sur ceux qui se retrouvent à la rue ou mal logés.

Petit-à-petit cependant, les mentalités évoluent. Ainsi, dans un article du 19 janvier sur le blog Betapolitique, Jean-Pierre Hoss écrit : "La fracture sociale et culturelle précède et renforce la fracture numérique. L’inégalité réside aussi-et ce n’est pas la moindre-dans la production des contenus, qui proviennent surtout des pays développés." Il y préconise diverses solutions, qui, malheureusement restent très générales et ne traitent en rien de la question de savoir si oui ou non l'Etat est garant de ce qu'un certain nombre de citoyens sont laissés sur le bord de la route ou bien si la loi est celle uniquement des marchés (de la jungle) : seul le plus fort gagne.

De son côté, le magazine Internaute(s) Micro a interrogé quatre candidats aux élections présidentielles dans une édition papier parue le 3 mars. Un article sur Internet reprend succintement leur position respective :

Autre sujet abordé par Internaute(s) Micro, la fameuse «fracture numérique». Jean-Marie Le Pen, très ambitieux, affirme sans rire qu'il souhaite «fixer comme grand objectif national que 80 % des Français accèdent à l'Internet par fibre optique, les autres ayant l'ADSL». Un triple quinquennat en perspective pour honorer cette promesse ?!
François Bayrou, lui, préfère évoquer un dispositif original : «les offres Internet haut débit par carte Internet prépayée». Il rappelle qu'une partie de la population, paupérisée ou nomade (comme «les gens du voyage») pourrait ainsi voir leur accès à l'Internet facilité.

Ségolène Royal, tentant d'expliquer comment elle compte garantir «L'accès universel à l'Internet Haut débit», comme le prévoit le programme du Parti Socialiste, reste finalement assez floue sur la stratégie et les moyens à mettre en œuvre.
Nicolas Sarkozy, lui, estime que la fracture numérique n'est pas qu'une question d'accès mais aussi de «pratique». Il souhaite «renforcer considérablement l'usage d'Internet dans l'éducation ; mais aussi créer un véritable réseau de formation de proximité».

On peut espérer cependant que leur politique sera plus étoffée que ce qu'en reprend cet article !

En Belgique, où se préparent aussi des élections, les consommateurs semblent plus organisés.  Ainsi que le signale RTL.be, "Les organisations de consommateurs réunies au sein du CRIOC ont présenté aujourd'hui à Bruxelles une soixantaine de leurs priorités en vue des prochaines élections législatives, soulignant qu'elles tiendront un baromètre tout au long de la législature à venir pour vérifier si ces demandes étaient ou non rencontrées.

Elles passent par des services universels généralisés concernant l'accès à internet, à l'énergie, aux services postaux et à l'eau, mais mettent aussi l'accent sur l'information du consommateur, les modes de production et de consommation durables, ou le logement."

En France, lors de la remise des e-toiles d'or, un député disait qu'il fallait remettre du service public dans la distribution d'Internet, pour en garantir l'accès à tous... Nous verrons s'il est entendu...

17 janvier 2007

Declaration d'Autrans et lutte contre la grande pauvrete

A l'issue des rencontres d'Autrans 2007, a été rendue publique une "Déclaration des 11èmes Rencontres d’Autrans" (on peut la trouver ici en pdf). Dans ce texte, un des points mérite une attention particulière du point de vue de la lutte contre l'extrême pauvreté : "Tout citoyen a le droit d’avoir une identité numérique, au moins sous forme d’une adresse électronique."

En effet, nombreuses sont les personnes, les familles, à avoir des difficultés à obtenir une domiciliation. On connaît l'expression "sans domicile fixe", mais rarement ce que celà recouvre dans la vie... De même, nombreuses sont les personnes à avoir un abri (sous un pont, dans un bois, un camion,...) qui n'est pas reconnu comme un "domicile".
Ne pas avoir de domicile, c'est, souvent, être coupés d'un certain nombre de droits.
Bien sûr, il existe des associations reconnues qui légalement peuvent domicilier une personne. Mais ce service n'est pas toujours accessible à tous ("sans-papiers", "illégaux",...) ou bien, tout comme pour les hébergements d'urgence, les personnes concernées ne souhaitent pas -ou ne peuvent pas, par exemple à cause de la distance- utiliser ces services.

En France, pour de très nombreuses démarches, l'identification d'une personne n'est pas indépendante de son domicile. Combien de fois, pour telle ou telle démarche, ne fusse que de très simples comme l'inscription à une bibliothèque publique, ne demande-t-on pas une preuve d'un domicile.

L'adresse électronique, c'est une identité : c'est vous qui écrivez (et l'on peut réfléchir aux moyens de protéger cette identité et de la rendre unique). Mais c'est aussi une adresse : on parle de "boîte aux lettres électronique". Cette adresse est d'ailleurs souvent "domiciliée" sur un serveur ou chez un fournisseur d'adresses. Il existe aujourd'hui toute une palette d'adresses électroniques gratuites.

Dans les relations avec l'administration (telles que nous les avons observées dans le projet "Internet de rue"), on constate que le fait de communiquer par courrier électronique est parfois plus rapide et plus efficace (pour les personnes en situation de grande pauvreté) que d'autres moyens (par courrier, par téléphone, au guichet).

L'Etat progresse dans la dématérialisation d'un certain nombre de démarches (voir "le monde d'Adèle"). Se pose la question de la dématérialisation des actes en eux-mêmes et de leur certification. Il nous semble qu'en même temps que ces réflexions déjà engagées, celle du droit de tout citoyen à une identité numérique (garantie) devrait également être posée, en lui associant -ou non- ce que "mon service public" appelle un "coffre-fort de documents" ou ce que d'autres dans une perspective de promotion professionnelle appellent un e-portfolio.

28 septembre 2006

e-inclusion 2010 en France : quels moyens pour quelle politique ?

Article de Philippe Cazeneuve, repris de Créatif sous licence CC

Quelques données de cadrage pour une politique alternative en matière d’accès mutualisé aux TIC

Suite aux propositions du CISI de juillet 2006 ("un ordi à 1 euro par jour pour les familles modestes") et à la conférence des ministres européens sur l’e-inclusion qui s’est tenue à Riga les 11-13 juin 2006, cet article tente d’amorcer la réflexion sur ce qui pourrait-être une autre politique et propose :
  • de soutenir les usages de la population plutôt que l’offre des constructeurs,
  • une méthode de calcul pour estimer le nombre d’ordinateurs connectés en accès public nécessaires par habitant,
  • de recourir à la "Solidarité numérique de proximité" (un concept innovant économique pour les fonds publics !),
  • une estimation par projection des besoins en Points d’Accès Publics à Internet en 2010,
  • une première estimation chiffrée du coût d’un tel programme pour les finances publiques sur 5 ans.

Vos commentaires sont les bienvenus !

La politique du gouvernement est  focalisée sur l’accès à domicile

Parmi les mesures annoncées afin de « réduire la fracture numérique », lors du dernier CISI (Comité interministériel pour la Société de l’information) du 11 juillet 2006, une seule mesure a retenu l’attention de la Presse (il est vrai que le dossier fait 49 pages et que celle-ci figure en tête ... ). Sous l’intitulé « un PC et l’Internet pour les familles aux revenus modestes », le gouvernement se propose de lancer « une offre d’ordinateurs de qualité et bon marché, une connexion internet à bas prix négocié, un dispositif de formation/accompagnement à domicile et le tout pour le prix d’un euro par jour, sur 3 ans. » (extrait du dossier de presse )

Comme le souligne Jean-Pierre Pinet d’ATD Quart-Monde, coordonnateur du projet Internet de rue « Un euro par jour pendant trois ans, cela fait 1095 euros (et l’on peut se demander ce que signifie un prêt bancaire lorsqu’on n’a pas assez d’argent pour ouvrir un compte...). Ce sera très probablement inaccessible pour les familles les plus pauvres, celles qui n’ont guère que quelques centaines d’euros par mois pour vivre. »

Lundi 17 juillet 2006, dans les colonnes de Libération (1), Benoit Sillard (Délégation aux usages d’Internet) défendait bien mal les solutions d’accès public à internet, qui relèvent pourtant des missions de la DUI, et présentait clairement leur action comme un échec : « Regardez les espaces publics numériques : il en existe près de 3000, où Internet est en accès libre, mais ils ne touchent que 3 à 5 % de la population. Les solutions collectives, nous les défendons aussi, mais elles ne sont pas les plus adaptées pour permettre un accès massif aux nouvelles technologies. » Puis, à propos de l’offre à 1 euro par jour destinée aux familles, il ajoutait : « Nos propositions vont faire bouger tout le monde, y compris ceux qui sont contre. Ça va les titiller et les pousser à faire des propositions alternatives. »

Puisque c’est si gentiment demandé, voici quelques propositions pour une alternative politique en matière d’e-inclusion et d’appropriation des outils numériques par le plus grand nombre.

Nous avons besoin d’une politique de soutien aux usages

L’analyse des motivations et freins des ménages non-connectés nous donne des raisons de douter de l’efficacité d’une politique qui se limiterait à soutenir les dépenses d’équipement des ménages : « (les) ménages qui ne disposent pas de connexion, (..) l’expliquent par l’absence de besoin (un sur deux), le manque de compétences (un sur six) ou enfin, le coût trop élevé (un sur sept). » [INSEE Première Mai 2006) (2) ]

Les baisses de prix ne sont susceptibles d’intéresser que 15 % des non-connectés, alors que la moitié d’entre eux cherchent encore désespéremment à quoi internet pourrait bien leur servir. Nous avons besoin d’une politique de soutien et d’accompagnement des usages (donc de la demande) et non pas d’une politique de soutien à l’offre des industriels et opérateurs, ce qui est complètement contradictoire avec le libéralisme économique dont se réclame le gouvernement actuel.

Peut importe le nombre de matériels vendus, le nombre d’abonnement souscrits, notre objectif n’est pas de soutenir la croissance économique du pays, mais de se prémunir contre les risques d’une exclusion sociale renforcée. Plus que de développer le nombre de connectés, il s’agit de valoriser les usages de sociabilité que permettent les outils de messagerie, car l’expérience nous montre que la communication entre personnes prend le pas sur l’accès à l’information. Valorisons aussi l’expression individuelle ou collective que permettent les outils de publication ou le partage de contenus libres de droits que permettent les outils de Peer-to-peer ou les sites web dit « 2.0 » (tags, favoris partagés, etc ...).

Les lieux d’accès publics existants ne peuvent accueillir que 2 % de la population française

La population qui fréquente les lieux d’accès publics serait trop faible si l’on en croit les chiffres cités par M. Sillard ? Voyons cela de plus près et posons le problème autrement. Puisqu’il existe 3.500 lieux d’accès publics à internet, quelle capacité d’accueil cela représente-t-il ? Sur les bases du cahier des charges du label Net Public proposé par la DUI et sur l’hypothèse d’une consultation hebdomadaire d’internet (3), on arrive à une capacité d’accueil théorique maximale de 300 personnes par lieu d’accueil , soit un peu plus d’1 million de personnes = 1,9 % de la population française de plus de 15 ans ou 3,3 % des personnes non connectées.

Si les enquêtes révèlent que (seulement) 5 % de la population fréquente les lieux d’accès publics à internet, ne serait-ce pas tout simplement parce que statistiquement il n’y en a pas assez par rapport à la population française ? Pour être en capacité d’accueillir ne serait-ce que la moitié des non-connectés dans un lieu d’accès  collectif , comme nous y invitent les objectifs du programme européen « e-inclusion 2010 » (4), il faudrait atteindre 50.000 lieux d’accès publics !

En 2006, la France compte 1 ordinateur en accès collectif mutualisé pour 430 personnes quand il en faudrait 1 pour 60

Le débat politique s’alimente de chiffres qui tournent ronds et de slogans qui claquent. Essayons de chiffrer ce que représenterait le soutien d’une politique de soutien de l’accès public collectif mutualisé à internet.

Comme il s’agit de prospective sur les politiques à venir, nous raisonnerons à horizon 2010, qui est le cap fixé par la conférence des ministres européens sur la « e-inclusion » qui s’est tenue à Riga les 11-13 juin 2006 et dont la France a ratifié la déclaration finale.

« L’e-inclusion (participation de tous à la société de l’information) a pour objectifs de réduire de moitié le nombre de personnes n’utilisant pas l’internet dans les groupes menacés par l’exclusion, d’assurer à au moins 90 % du territoire européen un accès à l’internet haut débit et de rendre accessibles tous les sites web publics d’ici à 2010. » (4)

Pour plus de finesse, nous allons raisonner en essayant d’évaluer le nombre de postes en accès public nécessaires, plutôt que de se contenter d’un nombre de lieux dont la capacité d’accueil peut-être disparate.

Actuellement, la France compte 3.500 lieux d’accès publics de type Espaces Publics Numériques, cela fait 17.500 postes en accès public. A cela on peut ajouter d’après les enquêtes d’usages, sans doute autant des lieux privés (cybercafés, cyberboutiques, ...) soit un total de 35.000 postes en accès collectif mutualisé pour 30 millions de personnes non connectées [57 % de non connectés à domicile sur une population de 52 millions de personnes de plus de 15 ans - Sce : INSEE Première Mai 2006) (2) ].

Nous disposons en France d’1 ordinateur en accès collectif mutualisé pour 430 personnes, alors que pour que la moitié des non-connectés à domicile actuels puisse accéder une fois par semaine il en faudrait 1 pour 60 personnes (6).

En 2010, il y aura 35 % de la population française non-connectés à domicile

Essayons maintenant de nous projeter dans le futur, en 2010. Une partie des écarts se comblera de lui-même par la progression « mathématique » du nombre de connectés. Si la progression de l’équipement à domicile se poursuit sur les mêmes bases qu’au cours des 5 dernières années (4), on peut tabler en 2010 sur une proportion persistante de non-connectés de 35 %, soit environ 18 millions de personnes.

S’appuyer sur la « solidarité numérique de proximité » Les statistiques d’usages nous apprennent que 25 % des français se sont déjà connectés chez des amis, voisins, famille. En comptant sur cette « solidarité numérique de proximité », on gagne à faire l’hypothèse qu’une personne non-connectée sur 4 pourrait être « socialement connectée » à internet en partageant ordinateur et connection avec un proche. Cela nous donne 4,5 millions de personnes non-connectés se débrouillant avec leur réseau de solidarité de proximité.

Répartir l’effort entre les lieux à but non lucratif et les lieux à caractère commercial En répartissant l’effort à faire entre les lieux d’accès d’initiative publique ou à but non lucratif et les lieux privés à caractère commercial, on arrive à un besoin d’accueil pour 2010 de 2,25 millions de personnes soit 37.500 postes connectés pour les lieux publics d’accès à internet de type EPN, soit deux fois plus que le parc actuel.

Etaler l’effort dans le temps Les 20.000 postes supplémentaires pour passer des 17.500 actuels au 37.500 nécessaires en 2010 dans les lieux publics d’accès à internet de type EPN représentent un effort pour la collectivité de 4.000 nouveaux postes d’accès collectif mutualisé par an sur 5 ans.

Un accès mutualisé pour les  « sans claviers » nécessite un accompagnement humain

L’accès mutualisé à destination de publics débutants ou peu familiers avec les TIC suppose un accompagnement humain ; la charte Net Public prévoit 1 personne pour 5 postes. On pourrait partir sur la base d’un financement Etat à un tiers, un financement Région à un tiers, à charge pour l’échelon local de financer le tiers restant. Dans le scénario chiffré qui suit, nous tablons sur la base d’1 poste financé à 100 % par de l’argent public pour 5 ordinateurs connectés. Il faut donc provisionner des financement publics pour :

  • Confirmer les 3.500 personnes nécessaires pour assurer le fonctionnement des 17.500 postes dans les 3.500 lieux d’accès publics déjà présents sur le territoire [88 M € par an].
  • Créer chaque année 400 postes de médiation pendant 5 ans [10 M € par an soit 150 M € sur 5 ans] . (7)
Notes :
(1) Damien DUBUC , Doutes sur le déclic numérique à 1 euro, Libération, Lundi 17 juillet 2006
(2) Sce : Internet au quotidien : un Français sur quatre, INSEE Première - N° 1076 - MAI 2006
(3) bases du calcul : 30 h d’ouverture par semaine, 5 postes proposés au public, 30 mn de consultation hebdomadaire par personne.
(4) Sce : communiqué de presse de la conférence des ministres européens « e-inclusion- ICT for an inclusive society"- Riga 11-13 juin 2006
(5) Entre 2000 et 2005, le taux d’équipement de l’internet à domicile à augmenté en moyenne de 5,4 points par an pour atteindre , soit une progression de + 27 sur la période de 5 ans - [Sce : CREDOC enquêtes sur les « Conditions de vie et les Aspirations des Français » population agée de 18 ans et +]
(6) 1 poste mutualisé permet d’accueillir 60 personnes différentes consultant internet ½ heure par semaine.
(7) bases du calcul : salaire 1.500 € brut, coût chargé = 2.100 € par mois soit 25.200 € par an. Pour comparaison : SMIC 2006 = 1.255 brut, convention collective de l’animation valeur du point = 5,35 €, animateur technicien d’activité indice 300 = 1605 brut)

25 juillet 2006

L'ordinateur, outil de promotion sociale ?

Dans un intéressant article, titré "Ordinateur à 1 euro par jour pour les revenus modestes : une mesure contestée", Jean-Luc Raymond offre une très large synthèse des réactions à l'initiative gouvernementale.

La lecture des réactions diverses amène à se poser une question : pourquoi faut-il que des familles pauvres achètent un ordinateur, encouragées par un crédit de l'Etat ?

L'action 'Internet de rue' que nous avons menée dans deux départements d'Ile-de-France avec des familles très pauvres, les comparaisons que l'on peut faire avec d'autres actions telles que celles réunies sur le site de Psaume, conduisent à penser que ce qui intéresse les personnes, ce sont d'abord des perspectives d'avenir, pour elles-mêmes et pour leurs familles. Etre comme les autres, trouver un emploi, trouver un logement, pouvoir "faire ses papiers", inscrire ses enfants à l'école,... "Qu'on combatte la pauvreté au lieux de rafistoler un système inégalitaire !", disait un commentaire à l'article de Libération du 11 juillet.

L'ordinateur n'est pas seulement un objet de consommation qu'il faudrait avoir à l'instar du reste de la société. C'est un objet, un outil, dont l'utilité n'est pas encore avérée pour lutter contre la pauvreté.

Pourquoi ?

Il est vrai, comme nous avons pu le constater, que cet outil permet de rejoindre d'autres au niveau de ce qui nous est commun : la culture, les arts, les divertissements, les transports, une partie de l'administration (identité, impôts, assedics, allocations communes), la formation de base, etc. Mais dès que l'on arrive dans des domaines plus 'spécifiques', liés à la situation même des personnes (situation administrative complexe, emploi peu qualifiés, logements sociaux,...), le contenu présent sur Internet devient fortement restreint.

D'autre part, ce que cherchent les personnes que nous rencontrons, ce sont aussi des 'contenus qui leur parlent', c'est-à-dire qui parlent de leur expérience de vie. Ceux-là n'en sont qu'à leur débuts. Par exemple, les sites web de 'mémoire ouvrière' sont encore peu nombreux... et ceux de mémoire ouvrière des travailleurs précarisés encore moins.

Là où pèche la mesure gouvernementale, c'est qu'elle n'offre aucune perspective aux ménages les plus modestes de sortir de leur situation. L'ordinateur n'est pas un simple bien de consommation, même de divertissement. L'utilité précède l'usage, comme l'écrivait Philippe Mallein. Et ce sont les usages possibles qui rendront cet outil "populaire".

13 juillet 2006

Un ordinateur pour les familles pauvres ?

Après un grand silence de trois ans (le dernier Comité Interministériel pour la Société de l'Information datait du 10 juillet 2003), M. le Premier Ministre a annoncé (après le 5° CISI), lors d'une allocution à Marly-le-Roi : "Nous voulons aller plus loin et lancer dès 2007 une formule intégrant un micro-ordinateur adapté, une connexion à haut débit et une formation personnalisée, à domicile. Elle sera proposée aux foyers les plus modestes pour le prix d’un euro par jour, pendant trois ans. Nous généraliserons également l’usage des technologies de l’information pour l’accompagnement scolaire dans les ZEP."

Cette annonce, si effectivement elle correspond à un désir et un besoin pour les familles les plus modestes d'être parties prenantes du monde actuel, n'est pas sans poser de questions.

Sur le prix d'abord. Un euro par jour pendant trois ans, cela fait 1095 euros (et l'on peut se demander ce que signifie un prêt bancaire lorsqu'on n'a pas assez d'argent pour ouvrir un compte...). Ce sera très probablement innaccessible pour les familles les plus pauvres, celles qui n'ont guère que quelques centaines d'euros par mois pour vivre. Lorsqu'on voit que le MIT lance des ordinateurs à 100 $ (même si en réalité ils seront facturés 140 ou 150 $), on se dit qu'entre les deux solutions, il pourrait y avoir une offre possible.

"Un ordinateur adapté" : que cache ce concept ? Va-t-il, comme c'est le cas dans de très nombreux autres domaines y avoir des "ordinateurs pour les pauvres", alors considérés comme handicapés intellectuellement, socialement, économiquemment ? Des ordinateurs moins performants ? De telles discriminations seraient intolérables. Elles ne feraient qu'accroître la fracture sociale, et donc numérique.

Un accompagnement, basé sur une "formation personnalisée, à domicile". Là aussi, qu'est-ce à dire ? Nos voisins belges sont déjà beaucoup plus loin, pour ce qui est des responsabilités prises en charge par des administrations publiques, tant sur la réflexion, la non-discrimination que la pratique à travers, par exemple, l'action des CPAS.

Lorsqu'on sait que l'emploi est plus accessible par Internet que par les petites annonces papier, que l'administration est de plus en plus accessible aussi par Internet (même s'il reste de nombreux efforts à faire pour tous les droits concernant les pauvres au premier chef  : dossiers pour les logements sociaux, allocations,...), il est de la responsabilité de l'Etat au nom de la lutte contre la pauvreté et de la compétitivité économique de prendre des mesures afin de peser sur les producteurs pour casser les rentes monopolistiques, permettre que se diffusent des logiciels libres et gratuits, baisser les prix des matériels (certains pays du Tiers Monde ont réduit leurs taxes à 0 % afin de rendre les prix plus abordables), de légiférer pour que les possibilités de connexions gratuites ou à très bas coût puissent se répandre. Toute la France doit progresser ensemble. L'accès à l'information, au savoir, à la communication doit devenir un droit pour tous.


- article du Monde

- "Internet accompagné" (Adminet)

23 mars 2006

Interaction locale

Dans un intéressant article à propos des outils d'interaction locale qui commencent à se développer, Sig écrit : "On est encore bien loin d’avoir des outils qui permettent de créer du lien social sur un territoire donné pour lutter contre les phénomènes d’exclusion."

Ce serait évidemment le rêve, pour des personnes en très grande difficulté que de pouvoir entrer en contact, via le web, avec les personnes de leur environnement local immédiat qui soient prêtes sinon à les soutenir du moins à dialoguer. Si nous n'en sommes pas encore là, ce n'est pas seulement -loin de là- pour une question d'outils.

Sur le plan européen, un document vient de sortir qui fait le point sur ce dialogue.

Les familles que je rencontre voudraient, elles, entrer en dialogue avec le Maire, les enseignants, les forces de l'ordre pour rendre "la vie vivable" pour tous. Ils sont prêts à entendre les points de vue d'autres personnes... mais aimeraient qu'au moins l'on écoute les leurs. La mise en place de tels dialogues en elle-même est très difficile. D'un autre côté, des habitants des villes et villages environnants s'émeuvent de leur situation et seraient prêts à faire quelque chose, même s'ils ne savent pas souvent quoi.

Lors de la révolution industrielle, un terme désignait les très pauvres de l'époque et une partie du monde populaire : on disait alors qu'il s'agissait des "classes dangereuses". Le monde a changé... mais la façon dont les très pauvres, les sans-papiers, les personnes à la rue,... sont considérés comporte toujours cette suspicion, ce jugement de valeur, même si, à côté de cette attitude dominante, une autre se développe, celle qui parle de dignité, de droits de l'homme.

L'un des avantages d'Internet est d'estomper le "marquage social" : ce n'est pas le statut social de la personne avec qui j'échange qui compte, mais le fait qu'elle me réponde et le contenu de ses réponses. En ce sens peut-être que ces outils d'interaction locale pourraient favoriser le dialogue. Mais qui va les développer ?

Pour l'instant, le moteur de ce développement est surtout économique. Seule la communauté qui existe autour des logiciels libres, souvent animée de cette "utopie" de l'Internet pour tous, de l'échange, de la démocratie locale pourrait, de mon point de vue, prendre en compte le développement de ces outils à usages "sociaux"... A moins - comme c'est le cas aujourd'hui pour le CPE - que des décideurs se rendent compte que le coût social, le gâchis humain qu'est la misère a un véritable poids économique...

22 mars 2006

Tour de Babel

Dernièrement, j'avais emporté un article du Journal "le Monde", intitulé "Un rapport du Conseil de l'Europe fustige Bucarest" (édition du 25/02/2006), qui, outre ce rapport, donnait aussi des nouvelles de la contamination possible par le virus H5N1 de familles Roms. J'en lisais des extraits en français quand mon interlocuteur me dit : "mais, avec ta machine [ordinateur], est-ce que tu ne peux pas traduire l'article en roumain, pour que tout le monde comprenne dans le campement ?"

J'étais content de réaliser que cette personne, qui vit des conditions très difficiles, avait compris l'un des usages possibles de cette machine... mais malheureusement, j'ai dû lui dire que ce n'était guère possible : le roumain est rare dans les logiciels de traduction en ligne, et ces logiciels font encore énormément de contre-sens et d'erreurs. En outre leur développement est beaucoup plus lent que d'autres usages.

Cependant là se trouve posée une question fondamentale sur l'avenir d'Internet, guère abordée sur le fond au SMSI : cet outil va-t-il devenir un moyen d'approfondir le dialogue entre les peuples en facilitant les échanges entre personnes parlant des langues différentes ?
Ce n'est en tous cas pas la première fois que des familles très pauvres me posent cette question et disent que c'est là une de leurs attentes.

27 janvier 2006

T'as pas cent balles ?

A grand renfort de publicités et d'annonces, l'ordinateur à $100 arrive sur le marché. L'ONU vient même de signer un accord avec le MIT. Quel sera l'avenir de cet ordinateur à manivelle, d'1 GB de mémoire ? Encore faut-il, comme le notent de nombreux commentateurs, qu'il y ait des accès Internet disponibles, en particulier sans fil. Et avec un si petit espace mémoire, les écoliers en seront-ils réduits à seulement consulter, sans pouvoir eux-mêmes enregistrer, travailler ?

Cet ordinateur bon marché ne va-t-il pas connaître le même sort que la version "light" de windows98, destinée à l'Afrique et dont on ne reparle plus ?

Pourquoi faut-il que les pauvres aient toujours droit à des versions "light", des mesures spécifiques, des droits réduits voire basiques ?

Il en va de l'informatique comme du logement : comme il n'y a pas assez de logements pour accueillir les sans-abris, on propose des tentes ou des algécos aux mal-logés... Certes, le geste de Médecins du Monde est provocateur, mais aussi significatif d'une mentalité : des sous-mesures pour des sous-êtres humains.

C'est tout simplement révoltant !

05 janvier 2006

Internet pour tous

Dans un article paru dans '20 minutes' intitulé Paris Promet un Net "social", la mairie de Paris annonce un appel d'offres auprès d'opérateurs pour le très haut débit doublé de mesures sociales permettant aux foyers les plus modestes de profiter gratuitement d'un accès internet bas débit.

S'il faut bien entendu se féliciter de cette avancée (qui, dit l'article, "ne coûterait presque rien"), on ne peut s'empêcher de constater que les uns auront accès au bas débit au moment où les autres vogueront sur le très haut débit. La fracture numérique se déplace-t-elle ou se résorbe-t-elle ?

A noter cependant que la Lettre de l'Afnet donne un écho beaucoup moins 'discriminatoire' de ce projet.

14 novembre 2005

Administration en ligne

Un ami m'interrogeait à propos d'une consultation organisée par Communautique au Canada sur les enjeux de la cyberdémocratie et du gouvernement en ligne.

Une première réflexion est que pour pouvoir être actif dans cette relation "en ligne" aux citoyens, il faut d'abord avoir des droits. Or nombreuses sont les personnes que nous rencontrons dans le cadre du projet "Internet de rue" qui sont "hors droits" (sans-papiers ou familes à la rue, très pauvres, qui n'ayant plus d'adresse ne peuvent faire valoir leurs droits ou ne pensent plus en avoir).
Une seconde chose est que les "droits" qui sont mis en ligne doivent concerner les populations que nous rencontrons. Par exemple, en France, il n'est toujours pas possible de suivre en ligne une demande de logement social... alors qu'un numéro unique de dossier existe, mais ne sert que de façon interne à l'administration (et donc le citoyen ne peut suivre l'évolution de son dossier). A l'inverse, dans le secteur commercial, il est de plus en plus fréquent que l'on puisse suivre une commande faite par Internet, ses différentes étapes de traitement jusqu'à la livraison.
Un autre aspect est que le secteur du droit qui intervient le plus dans la vie de familles pauvres (justice, aide sociale, tutelles,...) est aussi celui qui semble le moins mis en ligne, tandis que le secteur des droits civils (identité, vote,...) ou économiques (impôts, allocations,...) est celui dont la mise en ligne semble la plus développée.

Ceci dit, il y a aussi des exemples qui vont dans l'autre sens : un jeune homme qui, grâce à Internet, a pu obtenir pour la première fois sa carte d'identité (il était -à 25 ans environ- sans identité reconnue), et ce de façon plus efficace et avec moins d'obstacles (l'ordinateur n'émet pas de remarques désobligeantes sur l'habillement, ou la façon de remplir un formulaire).
Les familles que nous rencontrons sont et seront de plus en plus concernées par cette question (le risque étant que des services de moindre qualité soient réservés à ceux qui n'utilisent pas l'ordinateur).

Le "gouvernement en ligne" et les relations aux citoyens par Internet sont des outils d'une plus grande efficacité et transparence. C'est aussi, au sein de l'administration comme au sein du public, une vraie révolution. La question que posent nos amis canadiens et qui se pose à nous est celle de savoir si cette "révolution" ne va pas créer de nouvelles exclusions ou renforcer celles qui existent.

11 juillet 2005

Fosse numerique... ou citoyennete ?

"Fracture numérique", "fossé numérique", voici des vocables longtemps utilisés pour désigner une rupture, celle entre les "branchés" et ceux qui ne l'étaient pas, les "exclus numériques", les "sans-clavier", les "publics les plus éloignés de l'Internet",... Au départ, nous disait-on, c'était une question de cablage, d'accès à des machines,... La "fracture" se guérirait par elle-même... Puis certains auteurs se sont mis à dire que "fracture sociale" et "fracture numérique" ont tendance à se recouvrir. D'autres, comme Fabien Granjon critiquent ces approches, en y introduisant une composante culturelle, d'apropriation des usages.

Tous ces concepts restent cependant "vu du haut", du côté des "branchés". Ceux qui n'utilisent pas Internet, soit qu'ils ne le veulent pas, soit qu'ils ne savent pas, sont vus à travers leurs manques : manques de matériel, de "tuyaux", de connection, de motivation, d'appropriation des outils...

Et si l'on renversait la vapeur et que l'on posait la question en termes de citoyenneté ?
Un monde virtuel se construit, se pense, est utilisé par un petit nombre. Ce monde-là est-il à la base "démocratique" ? Est-il pensé, réfléchi pour une utilisation par tous ?

Les personnes, familles que nous rencontrons dans le cadre du projet "Internet de rue" veulent participer à ce monde virtuel, tout comme elles veulent apporter leur part, par le travail, à nos sociétés. Mais elles ont le sentiment, et elles réalisent, que leur participation n'est pas attendue et qu'au contraire celle-ci est semée d'embûches, d'obstacles à franchir. En ce sens, l'appropriation des outils, par exemple, ne doit pas être vue comme un manque, mais un droit ! C'est d'ailleurs la perspective qu'avait le gouvernement belge par la voix de Mme Arena, lors de la Table-Ronde d'Autrans 2004 sur la fracture du savoir : "la Belgique est sur la voie du vote électronique, c'est une question de citoyenneté que tous, y compris ceux qui vivent des situations de misère, sachent manier cet outil".

Bien évidemment, une conception de la démocratie axée sur la participation de tous jusque et y compris les plus pauvres n'est pas une conception facile à mettre en oeuvre, ni même à faire accepter... C'est pourtant, me semble-t-il, le principal ressort de la participation via Internet dans les quartiers populaires dont vous trouverez quelques traces dans les liens signalés sur ce site. Bien sûr, cette participaion n'est pas "automatique". Tout comme la mise en oeuvre des Droits de l'Homme à tous les niveaux de la société, cela demande, exige l'engagement de personnes pour que les uns acceptent cette participation et que les autres apprennent à la bâtir.

Mais si déjà, conceptuellement, la question était posée en termes de démocratie et non pas de manques d'une partie de la population, nous avancerions d'un grand pas.

22 juin 2005

La conception de la lutte contre le fosse numerique du President Lula da Silva ne recouvre pas la notre

Au sixième forum international du logiciel libre en Juin 2005, le Président de la république du Brésil, Luis Lula Da Silva, a redit son intention de promouvoir le logiciel libre un des moyens pour le Brésil de se classer parmi les meilleurs dans la société de l’information.

Il a aussi détaillé les autres mesures prises pour lutter contre cette nouvelle forme d’exclusion qu’est le fossé numérique, pour réussir l’inclusion numérique (e-inclusion) :

• Développer l’accès à l’Internet via le satellite
• Ouvrir des télécentres pour les populations pauvres
• Faciliter l’achat d’équipements à des prix réduits

Bien entendu nous ne pouvons qu’être d’accord sur ces mesures. Mais pour nous
L’ouverture de télécentres (traduction de telecenters, en français on parle plus d’espace public multimedia)n’est pas suffisante. Les personnes les plus pauvres n’iront pas facilement dans ces espaces.

Il faut aller au plus proche possible du lieu de vie des adultes très pauvres et s’appuyer sur l’ordinateur multimedia pour [re]créer le lien social. En effet les personnes très pauvres ont, pour toutes sortes de raison que nous pourrions développer, peur d’aller à l’extérieur de « leur monde ». Elles ne vont pas à la bibliothèque, à la mairie ou dans d’autres lieux publics. L’ouverture de « télécentres » n’est donc pas à elle-seule (et pas dans un premier temps) la réponse à l’exclusion des pauvres du monde numérique. Il faut aller dans les lieux de vie des personnes pauvres, d’où le nom de note projet Internet de rue, un nom abrégé pour Internet dans la rue, sur les pas de porte des cités, dans les appartements, dans les caravanes.

----------------------------------------------------------------------------------
Texte en anglais du discours du Président Lula au sixième forum international sur le logiciel libre Porto Alegre - June 2005


I would like to salute, through this message, all those who defend free software and fight for expanding citizenship rights worldwide.

Certainly the potentials and challenges of new information technologies -themes of this 6th International Free Software Forum - take on increasing importance in the effective exercise of these rights.

Last year, during the 5th Conference of the Community of
Portuguese-Speaking Countries, held at Sao Tome and Principe, I stated that all peoples have the right to intelligence and human creativity advancements to promote their development and well being.

This message was conveyed during the first phase of the World Summit on Information Society, in Geneva, in 2003, when Brazil was able to negotiate support with some countries, such as India, China, South Africa and Egypt. In this month, Brazil will once again promote this discussion at the Latin America and Caribbean Conference, in Rio de Janeiro, and in the final phase of the World Summit, to be held in Tunis, next December.

Now we need to increase the most we can our participation in this debate so that the economic and cultural changes promoted by information technology do not mean new ways of exclusion.

But that it may mean a civilization change in which access to technological advancements is a right for everyone - and not a privilege for few.

The Federal Government, in order to reach this goal, has intensified the democratic dialogue with the society and has treated digital inclusion as a priority public policy.

The Electronic Government for Citizen Service Program, for example, took the Internet, by satellite, to more than five million Brazilians, in 2,500 cities, and it currently maintains approximately 22 thousand computers connected in a network.

The Telecenters, especially Casa Brasil, are open facilities for the deprived population and have computers with free access to the Internet, electronic mail, internet banking and other virtual services.

On the other hand, the PC Conectado (Connected PC) is one of our government's main digital inclusion programs. The goal is to enable purchase of good equipment, already with Internet Access, at reduced prices. And that, as you certainly already know, will run with free software.

The Brazilian Government emphasizes its position of making a broad migration of its whole computer lot to Free Software. The federal public administration offices are replacing server operational systems and workstations by Free Software, with several cases of well-succeeded migrations.

I believe that the advancements in the technological innovation process are essential conditions for Brazil to continue facing the challenges imposed by development.

Due to its strategic nature - which integrates practically all economic segments - already in March, 2004, we included the software sector among the four great priorities of our Industrial, Technological and Foreign Trade Policy.

We are, therefore, committed to placing Brazil on the highest degree of the great Information Societies.

Be certain that your work has been - and will continue to be – fundamental to make this dream come true.

Luis Inácio Lula da Silva, President of the Federative Republic of Brazil

17 mai 2005

De l'utilite sociale de l'acces public a l'internet

Elu de terrain et acteur reconnu de l'accès public à l'Internet depuis des années (Ville de Brest), Michel Briand vient d'alerter les pouvoirs publics sur l'avenir de l'accès public à l'Internet en France avec une intervention-phare :

De l'utilité sociale de l'accès public à Internet.

Extraits :

"1 L'utilité sociale de l'accès public

Utilité cela va presque de soi pour vous qui animez les lieux d'accès publics et voyez passer tellement de personnes qui ont besoin d'être accompagnées pour un CV, les annonces d'emploi, une recherche sur internet ou l'envoi d’un mél. L'utilité c'est aussi ce qui ressort des études quantitatives qui font état dans l'Essonne comme à Brest de dizaines de milliers de visites dans l’année. Sociale parce que cette fonction de lien social, d'intégration est au coeur de votre action de médiateur de l'accès public et vous la revendiquez avec raison avant le rôle d'explication technologique ou d'animation du lieu.

Oui, aujourd'hui et pour plusieurs années dans un pays ou plus de la moitié des familles n'ont pas accès à internet à domicile, où les habiletés nécessaires à l'usage des ordinateurs sont très inégalement appropriées, l'accès public accompagné est une mission d'utilité sociale qui doît être présente sur l'ensemble des territoires.

(...)

La prise en compte des personnes éloignées

La pratique des lieux d'accés dans les quartiers ou au sein des associations de solidarité ou d'éducation populaire nous montre qu'il y a de réels besoins. Une découverte bien sur, une appropriation lorsque l'on répond à un mél, mais souvent aussi une envie d'expression qui valorise, renforce l'estime de soi, une reconnaissance lorsque l'on publie un article qui vous référence sur le web."

03 mars 2005

Utilisateurs et non-utilisateurs d'Internet : une typologie Canadienne

L'article "La fracture numérique en Europe" de Patrick Cohendet (Bureau d'économie théorique et appliquée, Université de Strasbourg, France) et Lucy Stojak (chercheur à la McGill University de Montréal, Canada) publié dans le n°305 de la revue Futuribles tente d'approcher une typologie des non-utilisateurs et utilisateurs d'Internet ; une démarche assez rare pour être soulignée :

"Le risque de développement d’une société à plusieurs vitesses peut être mesuré lorsqu’on porte le regard, non pas prioritairement sur l’importance des connexions, mais sur les besoins et attitudes des utilisateurs effectifs (« the haves » en anglais) aussi bien que des non-utilisateurs (« the have-nots »). Une étude récente de Statistique Canada suggère les résultats suivants.

Parmi les non-utilisateurs d’Internet, on peut distinguer les groupes suivants :

- Groupe 1 : « les non-utilisateurs radicaux ». Il s’agit de personnes généralement assez âgées (plus de 65 ans) et / ou aux revenus très modestes, et qui ne voient aucun intérêt à investir dans un accès quelconque à Internet. Même avec une implication forte des pouvoirs publics, la probabilité que ce groupe reste à l’écart est grande.

- Groupe 2 : « les utilisateurs potentiels distants ». Il s’agit de personnes généralement âgées de 55 à 65 ans, qui n’ont pas les compétences pour utiliser Internet et peu de motivations pour le faire. Seule une implication forte des pouvoirs publics pour les convaincre de l’intérêt de se connecter et les former à l’utilisation des NTIC serait susceptible dans les années à venir de changer cette situation.

- Groupe 3 : « les quasi-utilisateurs ». Il s’agit de personnes qui, pour des raisons de moyens ou de situation géographique (dans des zones rurales ou montagneuses), n’ont pas encore accès à Internet, mais sont désireuses de trouver les moyens de se connecter.

Parmi les utilisateurs d’Internet, on peut distinguer les groupes suivants :

- Groupe 4 : « les utilisateurs occasionnels ». Il s’agit de personnes qui utilisent épisodiquement Internet (moins de 20 heures par mois), avec généralement un faible débit d’accès, en se cantonnant à des usages de type jeux électroniques non sophistiqués ou courrier électronique.

- Groupe 5 : « les utilisateurs réguliers ». Il s’agit de personnes généralement jeunes (moins de 40 ans) et de milieu relativement aisé, qui utilisent régulièrement Internet (plus de 20 heures par mois) en visant, quand elles peuvent y accéder, la plupart des services offerts par le haut débit.

- Groupe 6 : « la classe créatrice ». En faisant référence aux travaux récents de Richard Florida (FLORIDA Richard, The Rise of the Creative Class. New York : Basic Books, 2002), la classe créatrice composée de scientifiques, d’ingénieurs ou d’artistes, utilise Internet dans ses applications les plus poussées, aussi bien sur les lieux de travail qu’à domicile. Pour cette catégorie de citoyens, l’accès au haut débit et le renouvellement constant des outils pour suivre les développements les plus performants est un impératif.

Ce découpage de la société en catégories (d’importance à peu près égale dans un pays type de l’OCDE si on se réfère aux résultats de Statistique Canada) (…) permet de comprendre ce que signifie le risque d’un élargissement de la fracture avec une société à plusieurs vitesses."

Il manque sans doute à cette typologie les "abandonnistes" d'Internet, personnes équipées ou ayant utilisé Internet qui y ont renoncé (Katz J., Aspden P., 1997, « Motives, Hurdles and Dropouts », Communication of the ACM, vol. 40, issue 4 et Sally Wyatt, 1999).

02 mars 2005

Un Internet : mais pour quoi faire ? Article de Raphael Suire dans Les Echos

Raphaël Suire, docteur en économie, maître de conférences à l'Université de Rennes 1 et chercheur publie un article point de vue dans le quotidien Les Echos en date du 2 mars 2004 (page 15) :

"Un Internet : mais pour quoi faire ?"

Ce papier étant "tous droits réservés", il n'est malheureusement pas possible de le reproduire ici mais vous pouvez le retrouver en ligne gratuitement à cette adresse (attention, les articles du jour des Echos sont en archives payantes dès le lendemain!).

Seule une citation est autorisée :

"(...) La fracture numérique : simple opportunité marchande ou aide au développement ? Ce que l'on sait de la fracture repose principalement sur une batterie d'indicateurs agrégés qui mettent en opposition des espaces physiques. Des régions sont dotées en infrastructures numériques, d'autres le sont moins, d'autres ne le sont pas du tout. Des inégalités existent et cette fracture, que l'on qualifie de « fracture de premier niveau », renvoie le plus souvent aux fractures géographiques qui séparent les espaces denses des espaces moins peuplés. Deux attitudes face à cela, le marché décide ou l'interventionnisme opère. Si le marché décide, alors le fossé peut se creuser si la demande locale reste insuffisante et/ou les coûts d'installation trop élevés. Cependant, la force publique ou internationale peut ausi subventionner les opérateurs privés pour qu'ils installent des réseaux d'accès, proposent des équipements informatiques ou mettent à disposition des populations défavorisées des accès à l'Internet. Mais ensuite ?

Si les choses en restent là, les autorités n'auront rien fait d'autre que de réduire un fossé géographique qui oppose traditionnellement ville et campagne, car la fracture numérique n'est pas là ! Ce qu'ont mis en évidence les travaux des économistes, des sociologues mais aussi des anthropologues, c'est la très forte hétérogénéité dans la capacité à utiliser les objets technologiques et l'Internet en particulier. Cette fracture que l'on qualifie de « fracture de second niveau » renvoie pour sa part à des fractures sociales mais aussi à des compétences et aptitudes individuelles. Pour le dire différemment, faciliter l'accès à l'Internet, ce n'est pas seulement donner l'accès à un ordinateur connecté au réseau, mais c'est éduquer et former à l'usage. (...)."

20 janvier 2005

Autrans 2005 "Exclusion sociale : la necessite de l'intermediation"

J’ai choisi pour cette plénière de retransmettre un petit morceau du quotidien de notre action en donnant deux exemples :

Monsieur Abdel vivait à la rue. Malade il ne pouvait presque plus bouger ; il vivait là sur un bout de trottoir de Paris, par tous les temps. Les pompiers passaient régulièrement, mais toujours, toujours, il refusait d’aller à l’hôpital. La communication devenait de plus en plus difficile et puis un jour :

« Avec ton machin on pourrait voir des images de mon pays ? »

Je lui ai donc ramené un CD-ROM sur le Maroc. Pendant quelques semaines, c’est le seul lien que j’ai réussi à garder avec lui.
(Monsieur est allé à l’hôpital et va bien)

Monsieur Pierre a d’abord essayé de se servir de la souris : difficile, avec ses mains rendues moins agiles par les intempéries. Pendant près d’un an, il a essayé d’être régulier dans sa découverte de l’ordinateur, malgré cette vie de rue chaotique. Il est arrivé, notamment à ouvrir et fermer un ordinateur, envoyer des mails et chercher des renseignements sur internet. Fort de cette expérience et de son engouement pour l’informatique, une association le prend en contrat de réinsertion par le travail, pour démonter et remonter des ordinateurs ; de plus un logement lui est proposé. Quand nous nous rencontrons la passion est toujours là ! Et ces mots « je sais maintenant ce qu’il y a à l’intérieur d’un ordinateur ».
Monsieur Pierre continue sa connaissance de l’outil et veut maintenant passer à la vitesse supérieure ! Avec ces deux exemples, j’ai essayé de montrer que les outils multimédias, peuvent être un moyen de création ou de recréation de liens sociaux, mais je pense que l’outil lui-même ne peut rien faire sans un accompagnement de proximité et à long terme.

Notre démarche actuelle est de :

  • Etre avec des personnes en grande précarité et les aborder d’abord en tant que personnes.
  • Prendre du temps pour bâtir avec ces personnes leur propre projet (avant même d’y voir l’implication de l’informatique).
  • (Re)créer des liens entre ces personnes et des lieux existants (EPN, Associations…).
  • Faire exister dans la société, la vie et les espoirs de ces personnes pour qu’ils soient pris en compte.

19 janvier 2005

Principaux points de l'Intervention d'Yves Bucas-Francais à Autrans, le 15 janvier 2005

Yvesbucasfrancais

Yves-Bucas Français est bénévole au Cyberespace - Agora - Emmaüs, rue des Bourdonnais à Paris.


LE CYBERESPACE EST UN LIEU D'EXPERIMENTATION D'APPRENTISSAGE


1. Concrètement s'occuper du cyberespace commence par la gestion de la file d'attente. Les bénévoles doivent planifier les demandes, les besoins et les urgences.

2. Le cyberespace joue un rôle important au sein de l'Agora pour la constitution d'un lieu particulier où se pose la construction d'insertions sociales via Internet d'individus en situation de précarité.

3. C'est un lieu où se formule des désirs d'insertion. Les hommes et les femmes confrontés aux innovations techniques tentent leur chance pour participer au système mondial. Ils tissent des liens spécifiques.


Une pratique de guichet

• Le cyberespace permet à tous l'accès à Internet. L'activité elle même s'inscrit dans une dimension de pratique du guichet qui existe à Emmaüs et spécialement au sein de l'Agora.

• Le cyberespace implique qu'il y ait accueils, d'assistanats, consultations en tout genre et ouvre de manière complémentaire une offre de formation se rapportant à la pratique informatique.

• Le cyberespace correspond au fonctionnement d'une structure de service. Elle construit une médiation sociale à travers la pratique de l'informatique. Pratique sociale particulière, innovante où la précarité est au cœur de la démarche.


Il reste à déterminer comment construire du sens ?

Un premier constat s'impose quant au cyberespace: la précarité n'est pas synonyme d'absence de connaissances.

• Les utilisateurs du cyberespace appartiennent aux différentes catégories du manque : de travail, d'argent, de logement, de papiers etc.. Ils fréquentent l'Agora, ils sont tous, à un titre ou à un autre, inscrits dans les processus liés à la précarité.

• Un service de formation pour les exclus.
L'afflux des candidats au cyberespace témoigne. Ils sont souvent des éclopés de la vie, ils entendent malgré tout se servir du système dans sa dimension formation permanente. A partir de son existence, le lieu a su rapidement mettre en place des propositions d’aide aux internautes et assurer le fonctionnement de ce qui est devenu un véritable centre de formation et d’initiation à la pratique informatique.

• Le lieu cyberespace est à ce point de vue un domaine paradoxal. Il conjugue modernité et exclusion.

• Le lien social distendu par la mondialisation économique et politique est considéré comme plus individualisé. Il repose en partie sur un rapport particulier à la technologie. La question de la réinsertion des personnes exclues trouve là une réponse nouvelle et des problématiques différentes quant à ce qui fait société. Le traitement de la précarité trouve là une approche particulière.


La pratique d'Internet et ses perspectives

La pratique de l'Internet à en croire l’indicateur de fréquentation correspond de manière vitale en première proposition à la mise en place d'une boîte émail sur les sites gratuits de type hot mail, yahoo, caramail, la poste. Face à cette avalanche de demandes, il faut permettre la consultation de sa boîte en attente des nouvelles de famille, des amis mais aussi des différents suivis administratifs, comme les ASSEDIC, les ambassades etc. On vient souvent au cyberespace que pour sa boîte émail.
A travers les entretiens, les représentations formulées à propos d'Internet ne se résument qu'à la détention de la seule boîte, ce qu'elle permet.

1. L'accès à Internet c'est naturellement au cyberespace, la proposition annexe qui amène souvent les stagiaires à se pencher sur les différentes procédures à suivre et se lancer eux aussi dans des consultations.

2. Pour la plus grande partie des utilisateurs étrangers après la sacro-sainte consultation du courrier, le navigateur va ostensiblement sur des sites des journaux du monde entier. Ils sont en même temps très mobilisés par les outils de traduction en ligne.

• L'accès à Internet concerne les réponses administratives. Pour remplir via le net les démarches administratives pour ne pas perdre les droits. Les ASSEDIC, l'ANPE, la CAF, la «green card» sont les sites les plus renseignés au cyberespace. Les titulaires des comptes expriment souvent l'idée qu'ils se sentent moins stigmatisés en réalisant ces opérations sur l'Internet.

• Le cyberespace correspond au sentiment de la figure moderne de l'écrivain public qui se construit autour des courriers électroniques, des renseignements administratifs, et des textes tapés de type CV ou lettres de motivation.

En tout état de cause au cœur de la démarche de compréhension de l'activité du cyberespace se trouve posée la question du lien social et de l'estime de soi confrontée à l'informatique.


Les questions qui se posent :

• Comment se pose avec la question de l'altérité et ses constructions sociales,

la formation tout au long de la vie même dans des périodes de précarité,

• un autre modèle de transmission et d'apprentissage,

• La lutte contre l'analphabétisme passe par la pratique et la maîtrise de l’outil informatique,

• La dimension citoyenneté est reposée, l'individu face à l’administration la précarité n'est pas stigmatisée par l'écran ; il reste que la question des solidarités est posée,

• Heureusement qu’il existe des sacs plastiques, ils recèlent tous les trésors informatiques, disquettes et mots de passe,

• Il existe de nouveaux gri-gri : les clés USB,

• La fracture informatique ne résout pas la question sociale. Elle représente seulement un donné technique. Comme le dit une africaine : "Je ne veux pas être une analphabète du XXIe siècle".

(Photo de Virginie Borlet : Yves Bucas-Français)

Principaux points de l'intervention de Ricardo Parrilla (Cyberespace - Agora, Emmaus), le samedi 15 janvier 2005 - Contribution a la Pleniere d'Autrans

Ricardoparrilla

Principaux points de l'intervention de Ricardo Parrilla (Cyberespace - Agora, Emmaüs, rue des Bourdonnais, Paris 1er)
le samedi 15 janvier 2005 - Contribution à la Plénière d'Autrans

Concernant la lutte contre l'exclusion :
Sous le thème
«La nécessité de l'intermédiation»


UTILISATION DE L'INTERNET ET DES TECHNOLOGIES MULTIMEDIAS :
DANS LE TRAITEMENT DE LA PRECARITE SOCIALE

ROLE DU CYBERESPACE DE L'AGORA D'EMMAUS AUPRES D'UNE POPULATION SDF


En novembre 2003, grâce à une subvention de Microsoft, l'Agora d'Emmaüs (un accueil de jour) ouvrait un espace cybernétique destiné au public de SDF. Depuis, cet espace, animé essentiellement par des bénévoles, forme et donne accès au libre service gratuit à cette catégorie de public qui peut, soit s'initier, soit se perfectionner ou tout simplement, utiliser l’équipement informatique et sa connexion Internet.

Le Cyberespace de l’Agora, inaugurait un outil privilégié pour favoriser l’insertion des personnes exclues, au travers d'apprentissages dont la vocation était d’entraîner vers l'autonomie et la responsabilité, de redynamiser vers un nouveau rapport de sens.


Stratégies des Centres d'accueil d'Emmaüs

En établissant un partenariat avec Microsoft, les centres d’accueil de jour de l’Association Emmaüs de Paris, ont contribué à un traitement plus efficace de l'exclusion.

En créant un pôle de service informatique gratuit ouvert au public défavorisé, Emmaüs a mis en place des nouvelles stratégies d'intervention sociale. La campagne publicitaire qui a entraîné l'ouverture de ce premier Cyberespace, la curiosité que cela a suscité auprès du public SDF ont été soldés par un franc succès. Des nouveaux consommateurs assidus de l’Internet sont nés et ce après un court enseignement, qui grâce au grand nombre de formateurs bénévoles, leur aura appris essentiellement :

- A développer une démarche autonome,
- A contribuer à la résolution de leurs problèmes quotidiens,
- A développer leurs motivations et leurs attentes dans la durée,
- A rester plus vigilants et à s’auto questionner,
- A chercher les informations et à communiquer : identifier, classer et ranger les données,
- A développer leurs propres systèmes cognitifs, leurs propres valeurs et leurs propres références, éducatives et culturelles.


Le sentiment d'utilité sociale et d'utilité à soi-même

Le sentiment d'être utile et de pouvoir disposer d'un outil dont ils peuvent s'exercer de façon autonome semble être l'expérience fondamentale du public SDF qui fréquente le Cyberespace de l’Agora.

Un sentiment d'inutilité, semble ponctuer chaque jour et chaque instant de la vie d’un SDF. Ce sentiment d'inutilité semble les livrer progressivement à un processus de dépendance et d'effacement de leur identité et de leur personnalité d'origine. Au contraire, le fait de pouvoir disposer d'un ordinateur et d'une connexion Internet, leur permet de se sentir pendant un certain temps, utiles et porteurs d'un désir, leur permet de se projeter dans le temps et dans l'espace, leur permet de disposer d'un véritable outil. Enfin, ils regardent le monde eux-mêmes et non pas au travers de la vision d’un travailleur social. Ils peuvent se dessaisir d'une vision stéréotypée du monde et n'appartenant qu'à autrui et non pas à eux-mêmes.

Cette opportunité offerte leur permet de réfléchir, de réorganiser leur vie intérieure, d'établir des relations d’intelligence, de trouver des solutions ne serait-ce que palliatives à leurs situations sociales souvent bloquées et durables.

En effet, l'appropriation progressive de l'ordinateur devient un véritable outil de test existentiel, une sorte d’outil de reconstruction mentale, permettant de développer des capacités : exactitude, patience, persévérance, attention, réceptivité. La personne fragilisée, peut ainsi soumettre sous une forme virtuelle, les épreuves de leur vie à l’exercice de la raison, peut se confronter aux difficultés du langage et de la représentation conceptuelle, peut s'intégrer psychologiquement dans les territoires d’un sens commun.


Dedans / dehors

Différentes rapports de sens sont mis en évidence, selon que les personnes se retrouvent « en dehors » ou «au dedans» du Cyberespace.

Paradoxalement, certains parmi ceux qui se retrouvent au «dedans» du Cyberespace se retrouvent en même temps en «dehors» : sans hébergement, sans travail, sans papiers…

En pouvant se connecter sur Internet ils supportent beaucoup mieux leur situation d’attente : ils s'occupent et se sentent utiles en s’entraînant sur l'ordinateur. Ils retrouvent du sens, reconstruisent leur vie intérieure, exercent leurs capacités, suivent des cours, recherchent des contacts...


Les chiffres

Dans une année d’existence, le self a tenu 288 sessions de self service pour un accueil de 3.023 utilisateurs.

* Il y a eu un total de 700 personnes qui ont été initiées à des titres divers :

Cela comprend 72 sessions de Formation Initiale pour 278 stagiaires,
- 26 sessions de Découverte de l’ordinateur pour 180 stagiaires,
- 30 sessions Initiation Internet pour 146 stagiaires,
- 24 sessions Initiation Word pour 114 stagiaires,
- 15 sessions d’Initiation Excel pour 117 personnes.

* Il y a eu un total de 176 personnes qui ont reçu des cours de perfectionnement à différents titres :

- 18 sessions de Perfectionnement Word pour 77 stagiaires,
- 7 sessions de Perfectionnement Excel pour 46 stagiaires,
- 8 sessions de PowerPoint (initiation et perfectionnement) pour 35 stagiaires,
- 18 sessions de Microsoft Photo Pro (initiation et perfectionnement) pour 18 stagiaires.

Nombre de personnes qui réussirent grâce à l'Internet :

* à trouver du travail (45),
* à préparer et/ou à présenter un Mémoire ou un bilan de stage (14),
* à améliorer en partie leur situation administrative (82).

Autres chiffres :

* Nombre d’utilisateurs du Cyberespace par jour (40),
* Nombre d’ouvertures de boîtes e-mail (866),
* Nous avons reçu au Cyberespace de l’Agora la visite de nombreux journalistes, représentants institutionnels et partenaires (33).


Séjour dans les Alpes

Nous avons passé - un formateur bénévole et moi-même - une semaine à la montagne, avec un groupe de six stagiaires. Cela a signifié une importante expérience de vie de groupe nous ayant permit de mieux renforcer les liens sociaux de personnes plus ou moins désocialisées. Dans le monde virtuel de l'apprentissage informatique, cela leur aura apporté une petite note de réalité conviviale.


Atelier photo

Pendant quatre mois, un atelier photo a fut animé par des professionnels. Cette expérience s'est concrétisée par une exposition en ligne, des travaux de quatre stagiaires du Cyberespace sur le site de Télérama.fr. En total, cette formation a concerné 18 personnes.

La photographie et les animations sonorisées étant d'une aide très appréciable, car elles apportent aux personnes plus ou moins désaffiliées une dimension conviviale, cela facilite l'accès à la documentation et aux échanges. Cela stimule leur curiosité et leur envie d'apprendre.

L'ordinateur se transforme en testeur de réalité, permettant de confronter le contenu des pages d’apparence similaire, permettant de mieux se situer dans une nouvelle communauté de l'information et une nouvelle communication sans frontières.


La place des bénévoles dans le cyberespace de l'Agora

Une cinquantaine de bénévoles a participé tout au long de l'année 2004 à animer les sessions de formation et de libre service du Cyberespace à l’Agora. Actuellement, une vingtaine assure toujours ces activités.

L'originalité de formation et service du Cyberespace de l'Agora, réside essentiellement dans le suivi très personnalisé de toute personne SDF intéressée par l'informatique. Chaque session de formation étant animé par deux ou trois formateurs bénévoles, les self-services étant animés par trois à cinq bénévoles, ce qui permet un suivi plus important de chaque stagiaire, soit pendant la journée ou en soirée (cours de rattrapage et de mise à niveau).


Les catégories associées au Cyberespace

Etre usager de l'Agora, compagnon d'Emmaüs, bénévole retraité ou salarié, ne représente aujourd'hui que des appartenances catégorielles très souvent interchangeables. Tant la crise s'avance sur divers scénarios d'insécurité sociale. Il y a des compagnons forcés de rester encore des usagers, des bénévoles à la recherche d'un emploi, des salariés à la recherche d'un service, des usagers souhaitant devenir des compagnons. La stabilité et les perspectives sociales aléatoires, devenant de plus en plus complexes, interdépendantes, instables.

Une partie des formateurs bénévoles du Cyberespace est à la retraite et dispose de temps et des moyens financiers nécessaires à leur survie ; l'autre partie est à la recherche d’un travail, d'une formation. Dans les deux cas, ces formateurs cherchent aussi à s'intégrer, à faire partie d'un groupe, à obtenir une certaine reconnaissance sociale. Ils enseignent et en enseignant ils établissent une meilleure adéquation entre leur savoir-faire et leur intégration, puisque aujourd'hui on ne peut plus parler d'intégration définitive. L’intégration n’est que provisoire, passagère. Personne ne sait plus ce dont demain sera fait.

L'informatique apporte aux personnes en situation précaire les outils nécessaires pour pouvoir affronter une société caractérisée par son incertitude ; prépare à mieux assimiler les règles de la nouvelle administration et la société des services liés à l'information.

Liens :
- Association Emmaüs,
- Présentation de l'Abri d'Emmaüs.

(Photo de Virginie Borlet: au 1er plan, Corinne Chevrot - ATD Quart-Monde - ; au second plan: Ricardo Parrilla - Emmaüs)

eNRICH, un logiciel de gestion des connaissances

L'UNESCO annonce le lancement de la version française de "eNRICH", un logiciel de gestion des connaissances totalement modulable. Ce logiciel est destiné à permettre aux communautés de se repérer dans la masse des information et des sources de connaissance disponibles sur l'Internet et à donner visibilité aux thèmes concernant les communautés ainsi qu'à leur permettre de créer des contenus qui leur soient directement utiles. Développé par le Centre national d'information indien, eNRICH est conçu de manière à permettre aux communautés de construire leur propre outil d'accès à la Toile et aux ressources multimédias le plus rapidement et le plus facilement possible. Il est par ailleurs conçu de manière à répondre aux besoins locaux et à s'enrichir de contenu local disponible en idiome local.

Outil conçu pour l'Internet, eNRICH donne ainsi de nouvelles capacités aux communautés et permet un accès aisé à des sources d'information pertinentes et homologuées, permettant aux communautés locales d'accroître et de gérer leur savoir.

Prêt à l'utilisation, eNRICH permet de réduire un certain nombre de barrières que rencontrent nombre de communautés lorsqu'elles souhaitent utiliser les TIC. Il est en effet simple et logique, adaptable et d'usage facile, tout en fonctionnant dans des idiomes locaux et sur divers outils électroniques.

Présentation en ligne
(Source : information publique)

28 décembre 2004

Internet "hors les murs"

Au dernier Forum Européen de l'Administration Electronique, qui s'est tenu les 15 et 16 décembre 2004 à La Vilette, diverses présentations sur la joignabilité de l'administration hors les murs ont retenu mon attention.

Ainsi parmi les conclusions présentées pour le projet IRIS de l'Observatoire des Télécommunications, se dégageait le fait que la "fracture" est d'abord culturelle, sociale, d'éducation avant d'être numérique et par conséquent que le problème n'est pas technologique, mais plutôt de faire venir les personnes ou d'aller à leur rencontre. Ce site propose d'ailleurs nombre de monographies de projets.

Un autre démarche intéressante a été mise en place, dans le cadre d'un projet européen, par le Conseil Général de Dordogne. Il s'agit du "projet MAP", un outil d'e-assistance relationelle, qui permet de recréer pour un travailleur social en déplacement à la rencontre des personnes son environnement de travail habituel. Des travailleurs sociaux sont équipés d'ordinateurs portables munis de cartes Gprs (le coût de ce type de communication, selon un responsable, équivaut environ aux coups de téléphones que devaient donner les travailleurs sociaux pour trouver des renseignements). Ils sont alors en communication avec un système chargé de capitaliser l'information sociale. Ce projet repose sur une constatation : "l'action sociale nécessite des intermédiaires" mais aussi une ambition, celle d'optimiser les ressources, de développer des accès multicanaux (SMS, courriel, téléphone) ainsi que des modules interpréteurs permettant de s'y retrouver dans de telles masses d'information.

Selon les chiffres que j'ai retenus, environ 40 % des français seraient encore, à des degrés divers, "éloignés" d'usages de l'Internet, en particulier de celui de l'administration électronique. J'ai personnellement trouvé que le souci de l'accès mais aussi de l'utilisation de ces ressources par ces publics éloignés se marquait de plus en plus. On ne peut qu'espérer que cette tendance s'affirme plus encore.

10 décembre 2004

Internet de rue et consommation

Il est souvent reproché aux plus pauvres de consommer : "ils ont une grosse TV", "ils se sont achetés un Home Cinéma",... Nous n'avons pas été exempts de ces critiques : "vous aller attirer des personnes qui n'en ont pas les moyens dans une spirale de dépenses, de sur-endettement"... On pourra faire le point à l'issue du projet, et se questionner aussi sur cette méfiance constante vis-à-vis de personnes très pauvres.

Comme d'autres personnes, notre démarche est une démarche citoyenne : au moment où une grande partie de notre société se met à utiliser cet outil (plus ou moins fréquemment), au moment où, dans certains pays pointe l'idée (parfois la mise en oeuvre) du vote électronique, il nous semble normal de faire une démarche vers ceux qui sont mis de côté pour qu'ils puissent au moins avoir l'expérience de ce que c'est.

La seule chose que nous ayons observé jusqu'à présent c'est que deux familles ont récupéré l'une un portable en Win 3.1, l'autre une station en win95.
Pourquoi ne pourrait-on pas aussi, même sans moyens, se passionner pour quelque chose ?

Accès aux droits

En rencontrant des personnes dans le cadre du projet "Internet de rue" se pose la question de l'accès aux droits.
Un jeune n'a pas de papiers d'identité. Ils lui sont nécessaires pour passer le permis de conduire. Certes, on peut télécharger un formulaire de demande... mais les démarches sont plus compliquées : récupérer le livret de famille chez son père q