Contacter les coordinateurs du projet



  • Jean-Pierre Pinet
    Responsable du projet
    "Internet de Rue"

    jeanpierre.pinet
    (AT)atd-quartmonde.org


    Bruno Oudet
    Responsable Scientifique
    bruno.oudet(AT)imag.fr

Projet labellise

Decouvrez le projet Internet de Rue

  • Le projet Internet de rue a telecharger en .rtf
    [Re]création du lien social à partir des TIC en allant au-devant des familles les plus pauvres. Développer et valider par une recherche/action à Paris et dans le Val d'Oise une démarche de sensibilisation et d'utilisation des TIC par des parents ou jeunes adultes de familles en situation de grande pauvreté afin de contribuer à la [re]-création du lien social. Démarche au départ individuelle et mise en oeuvre au plus proche des lieux de vie de ces personnes et notamment dans la rue, sur les pas de porte… Tirer le meilleur parti de l'expérience déjà accumulée dans les points d'accès publics recueillie lors d’une enquête auprès de ces espaces. Résultats du projet : - un site de référence sur le thème de l’utilisation des TIC comme outil pouvant contribuer à l'inclusion sociale, - la réalisation d'un document d'accompagnement des familles les plus pauvres pour l'appropriation des TIC incluant les aspects techniques (quels matériels, quels logiciels), des points de repères pour réussir, des erreurs à éviter, des propositions d’amélioration, en particulier de sites (services) publics.
  • Uses Of Internet Project (in English) to download in rtf. format
    This project is about developing and verifying through action research in Paris and the Val d'Oise (France), the raising of awareness and promotion of ICT use by parents or young adults living in extreme poverty, with the ultimate aim of contributing to the [re] creation of social interconnectedness. Initially, this approach will be carried out on an individual basis, in close proximity to where these people live, e.g. in the street, on the doorstep, derived largely, from the experience already accumulated in the public internet access points, from a survey of these areas. The results will be: - a portal website in French about digital divide, - an internet guide to ICT use as a means to achieving social inclusion, a document about accompaniment in ICT use of families in extreme poverty, including the technical aspects (what equipment, what software), reference points for succeeding, mistakes to avoid, suggestions for improvement, in particular for public service websites.

13 juin 2007

Si vous voulez en savoir plus sur les résultats du projet Internet de rue

Nous avons rassemblé en une page les liens sur plusieurs documents produits durant le projet Internet de rue.

Ce projet s'est "administrativement" terminé fin mars 2007 avec l'envoi du rapport final à l'Agence Nationale de la Recherche . Mais nous travaillons en ce moment sur une éventuelle deuxième phase du projet dont vous aurez bientôt des nouvelles sur ce blog.

04 janvier 2007

Suites du projet "Internet de rue" en termes d'actions

Ce projet, qui était une expérimentation, s'est terminé au niveau de l'action en novembre. Il se poursuit jusqu'en mars au niveau de la recherche. Un document en tirant les enseignements est en court d'élaboration.

Tel qu'il avait été conçu, en lien avec les cadres fixés par les différents financements, le projet "Internet de rue" était centré sur les personnes les plus défavorisées dans leur découverte de l'informatique et l'usage de l'Internet.
Au fil de ce projet, il nous est apparu de plus en plus clairement que ce sont les personnes qui doivent rester au centre de notre démarche. Et ces personnes, en lutte contre la misère, l'isolement, le non ou le mal-logement, l'inactivité,... nous entraînent sur d'autres terrains que l'Internet où elles ont aussi besoin d'être prises en compte et rejointes dans leurs démarches, leurs batailles pour progresser.

L'ordinateur, Internet sont des outils au même titre que d'autres. Et, dans une approche globale des personnes, il faut pouvoir user d'une palette "d'outils", utilisant tantôt l'un, tantôt l'autre...

Plusieurs des participants l'ont compris qui d'abord se sont équipés en matériel grâce à un don de la Fondation Solidarité EDF puis ensuite, petit à petit, selon leurs moyens se sont connectés. L'usage qu'ils font de cet outil fait partie de leur vie... alternant avec leur travail, les rencontres auxquels ils participent, leur vie quotidienne.

Au sein d'ATD Quart Monde, l'idée d'aller à la rencontre de personnes avec un ordinateur a aussi fait son chemin, renforçant ici et là des dynamiques déjà engagées.

C'est ainsi qu'à Dakar (Sénégal), après avoir été utilisé avec les enfants vivant dans la rue, puis dans les quartiers lors des Semaines de l'Avenir Partagé, l'ordinateur devient un outil pour la formation de jeunes enseignants d'écoles "de coin de rue", écoles qui pallient aux difficultés d'enseigner tous les enfants.

A Ouagadougou, ce sont les Bibliothèques familiales, où des jeunes vont à la rencontre d'enfants et de leurs parents, chez eux, dans leur cour, que l'ordinateur devient un outil complémentaire du livre, permettant une ouverture plus grande (et interactive !) sur le monde.

En dehors d'ATD Quiart Monde, d'autres ont pris ou prennent la suite, faisant leur cette démarche d'aller à la rencontre de personnes très pauvres et exclues avec un ordinateur connecté, véritable pont, lien avec la société.

15 juin 2006

Evolution et tendance

Des Forums comme celui des Territoires Numériques Franciliens sont toujours intéressants pour saisir des évolutions, des avancées, des innovations... ici, dans le domaine public. A côtés de pistes concrètes pour poursuivre au sein de la population l'apprentissage de l'outil et de ses usages, comme en Picardie, des différentes interventions, celle qui m'a le plus marquée est l'initiative de Nanterre qui pose la question de "l'utilité sociale de ce qu'on fait". Là, si j'ai bien compris, les projets numériques sont pensés dans une globalité : comment améliorer, aider à l'accès aux droits (qu'ils soient 'fondamentaux' comme l'aide aux sans-papiers, l'éducation ou qu'ils touchent la participation citoyenne et le droit à la culture) ? Ces actions sont aussi réfléchies en termes de développement du lien social : permettre aux gens de se rencontrer, tisser des liens entre communautés...

A travers de tels projets, le numérique n'est plus un 'en soi' (apprendre l'ordinateur pour se servir de l'ordinateur) mais s'intègre dans un projet plus vaste, en tant qu'outil d'une politique, d'une visée sociale.

Sur le terrain, nous avons vécu à plusieurs reprises une évolution similaire. Après plus d'un an de rencontres avec un groupe de familles très pauvres en Val d'Oise dans le cadre d'une découverte de l'ordinateur et de l'internet, avec une perspective participative, est née l'idée d'une rencontre avec le Maire de la commune sur laquelle résidaient ces familles. Cette rencontre a eu lieu et a permis une découverte mutuelle. Nous espérons des suites en termes de médiation sociale.

Comme à Nanterre, ce projet, né d'une action 'Internet' qui aurait pu naître d'une autre action, a supposé assez rapidement la concertation de différents partenaires et une 'mutualisation' des compétences (où l'on n'est plus 'concurrent' mais où l'on reconnaît la complémentarité de l'autre). Y a peut-être contribué aussi cet 'état d'esprit' de l'Internet qui est de casser les frontières, de pouvoir toucher directement les personnes au-delà d'éventuelles barrières structurelles, organisationnelles.

Pour moi, c'est là que serait véritablement le progrès : dans la mesure où il permet une avancée humaine !

24 mai 2006

Qu'on ne vienne plus me dire...

Qu'on ne vienne plus me dire que des familles qui vivent dans des conditions très difficiles ne s'intéressent pas à l'informatique... Un jeune, en cherchant sur les décharges, m'a amené successivement trois ordinateurs portables. Le premier avait l'écran éclaté, le second avait le clavier défoncé par une pierre et l'écran se détachait, le troisième avait l'air en bon état.

Je l'ai ramené, nettoyé (il y avait des petits morceaux de plâtre dans le lecteur CD), réinstallé et équipé de logiciels libres et gratuits. J'en ai quand même eu pour deux jours de travail pour le rendre "propre" et sûr.

Mais, quand je l'ai ramené, batterie chargée à bloc (car ils n'ont pas l'électricité en permanence), il fallait voir sa joie ! Lui qui n'avait jamais pu aller très longtemps à l'école, il s'est passionné pour faire fonctionner cette machine, me demandant de tout lui expliquer dans les détails. En un clin d'oeil, il avait compris l'essentiel. Il est vrai que, par la vie, il a appris plein de choses, comme de démonter et remonter divers moteurs (de voiture, de mobylette) : nombreux sont les objets qu'il récupère et qui tombent souvent en panne. Il faut bien se débrouiller pour les remettre en état...

Il était émerveillé de pouvoir, sur une même machine, écouter de la musique, voir des images et des photos, écrire du courrier... Son père, la quarantaine passée, a lui aussi demandé d'apprendre. Avec des soucis plus immédiats : un courrier administratif est mieux reçu s'il est imprimé que s'il est manuscrit (et en plus avec moins de fautes)...

Au moment de mon départ, le jeune est reparti prestement vers la caravane où il vit faute de logement pour continuer de découvrir par lui-même, en me faisant encore une fois préciser la durée de vie de la batterie. Il voulait être sûr de ne pas l'épuiser...

17 mai 2006

LECTEUR MP3 AU SERVICE DE L'APPRENTISSAGE

Dans le cadre du projet « Internet de rue » je vais avec mon ordinateur dans un centre d'accueil de jour sur Paris. Lors de ces rencontres une personne parlant très mal français s'est intéressé à l'ordinateur. La semaine suivante il est revenu avec un lecteur MP3 et des CDROMS de découverte de la langue française. Sa demande : transformer les fichiers WAV en fichiers MP3 pour son lecteur.

Cet homme vit en foyer, son mode de vie ne lui permet pas d'avoir un lecteur CD trop difficile à transporter. Il me faisait remarquer que le lecteur MP3 est simple, transportable et que où qu'il soit dans la journée il pouvait écouter les cours de français

Depuis les deux ans du projet, les personnes que je rencontre ont toutes des demandes bien différentes. Nous devons nous-même nous former à chaque fois mais souvent nous apprenons ensemble et en même temps que les personnes que nous rencontrons.

Le logiciel étant en Anglais, lui ne parlant ni Anglais et très mal le Français, nous avons fait trois séances pour comprendre ensemble comment transformer les fichiers WAV en fichiers MP3. Après ces trois séances, il n'est pas sûr qu'il puisse refaire seul la manipulation.

Cet outil peut rendre des services aux personnes les plus en difficulté. Chaque fois avec de nouvelles personnes et de nouveaux outils les mêmes évidences reviennent :

  • L'ordinateur est de plus en plus présent dans la vie courante !
  • Pour que les nouvelles technologies soient accessibles par tous et en particulier au personnes les plus en difficulté la question de l'accompagnement me semble incontournable.

  • Dans le cadre de cet accompagnement pouvoir faire des essaies gratuit.

16 mai 2006

Internetons-nous !

A l'heure actuelle dans le Val d'Oise, j'investis du temps pour rencontrer de nouvelles personnes dans deux lieux : il s'agit de deux cités, près de Cergy et une autre dans les Yvelines.

L'idée, c'est de rencontrer un public différent de celui que nous rencontrons d'habitude et d'expérimenter avec des femmes qui ont peu d'occasions de sortir de chez elles l'utilisation d'Internet. La fois précédente dans le Val d'Oise, avec trois d'entre elles nous avons regardé des photos de leur pays d'origine, elles ont fait des photos de leurs enfants puis les ont imprimé, et ont beaucoup regardé de recettes de cuisine pour découvrir des plats qu'elles ne connaissaient pas ou offir à leurs connaissances des recettes de leur pays d'origine. Je me greffe en fait sur un atelier couture existant pour proposer Internet à des mamans qui ont envie de le découvrir. La fois passée, l'ordinateur a eu un problème technique et cela a été l'occasion pour moi qu'elles me montrent comment coudre à la machine.

Dans les Yvelines, il s'agit de la participation à une semaine festive pour le moment, où diverses animations ont lieu dans la cité en partenariat avec le théâtre, l'école, le centre social... Nous proposons un atelier autour de la photo numérique, où les gens peuvent venir se photographier, sélectionner ensuite la photo sur l'ordinateur, puis l'imprimer et soit la garder pour eux, soit l'envoyer à un membre de leur famille par exemple. L'originalité apportée par rapport à l'ordinateur, c'est que les gens deviennent acteurs. L'année précédente, c'était un photographe professionnel qui venait, puis les gens obtenaient leurs photos par la suite. Là ce sont les gens eux-mêmes qui prennent en main la démarche de A à Z. C'est aussi l'occasion de rencontrer des familles plus isolées et leur proposer de découvrir des éléments de la vie du quartier par exemple sur Internet.

Cette phase du projet dasn le Val d'Oise est donc l'occasion de continuer à proposer Internet à des personnes qui en sont éloignées en essayant de viser des groupes différents de ceux rencontrés jusqu'à présent.

03 mai 2006

Expulsions

Depuis le 1er mars, les expulsions de familles Rroms se succèdent à un rythme effrêné. Le 25 avril, un TGI de la région où je me trouve a prononcé la troisième expulsion concernant le même groupe.

Lors de ces expulsions, des caravanes, déjà en mauvais état cassent et des familles se retrouvent sans rien. La scolarisation d'enfants est suspendue. Les démarches de régularisation ou de soins interrompues.

Dans le climat actuel de montée du racisme et de la xénophobie, en contradiction avec les résolutions votées par la France sur la non-discrimination des Roms (Parlement européen), peu se soucient des conséquences humaines de ces actions qui s'apparentent à des traitement "inhumains et dégradants".

Dans de telles conditions le projet que nous menons est lui-même remis en cause.

28 avril 2006

De l'informatique a la vie sociale

Après un long temps de découverte et d'usage de l'ordinateur, les familles que je rencontre, des Rroms dont une partie est en situation légale, l'autre sans papiers, ont formulé deux demandes : l'une de rencontrer le Maire de la commune sur laquelle ils sont installés, l'autre de pouvoir scolariser les enfants.

Par le biais d'associations de soutien, nous avons entamé des démarches. Ces familles sont conscientes du rejet dont elles font l'objet. Ce qu'elles demandent, c'est un "traitement humain" de leur situation (en référence à la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme qui utilise les termes de "traitement inhumains et dégradants"). Elles sont convaincues qu'un dialogue est possible et que chacun a à gagner que le dialogue s'instaure.

Le Maire, qui de son côté est obligé de tenir compte de l'avis, des opinions de ses autres concitoyens, a programmé deux rencontres. Celles-ci auront des conséquences sur la scolarisation des enfants car si la loi prévoit un accueil de tous les enfants par l'école, un grand nombre de choses dépendent du Maire (certificat de résidence, cantine, transport scolaire,...). Nous espérons une issue favorable.

14 avril 2006

Des participants au projet s'equipent

Certains des participants au projet "Internet de rue" désiraient s'équiper d'ordinateurs.

Après plusieurs mois de recherches et de démarches, grâce à la Mission Solidarité EDF et avec le soutien de TAE, nous avons pu récolter six ordinateurs portables d'occasion, qui ont été vérifiés, reconfigurés...

Pourquoi justement des ordinateurs portables, plus difficiles à trouver que des ordinateurs traditionnels ? Tout simplement, parce que c'est plus facile à mettre hors de portée des enfants, à ranger dans une caravane ou un logement exigu, à transporter en cas d'expulsion,...

remise d'un ordinateur Ces ordinateurs ont été réservés à ceux qui avaient suivi des temps long d'initiation à l'informatique, qui n'avaient pas les moyens de s'en acheter un et qui comptaient les utiliser dans le cadre de leurs activités.

Trois appareils ont déjà été remis. Quelle joie pour ceux qui les ont reçus et qui n'en croyaient pas leurs yeux ! Deux de ces personnes, militants Quart Monde, les utilisent déjà dans le cadre de leur engagement : faire des démarches pour elles-mêmes ou avec d'autres personnes, écrire et poster des comptes-rendus, participer à la vie associative... Une troisième espère gagner un peu d'argent en réalisant et imprimant des photos lors de fêtes, mariages,...
C'est un outil de travail... mais aussi l'espoir d'être mieux accepté et reconnu en fournissant un travail de 'meilleure qualité'.

07 avril 2006

L'ordinateur sans professeur

Depuis le début de l'année 2006 dans le Val d'Oise, nous avions entrepris avec un petit groupe de personnes des séances d'initiation à Internet et de découverte de l'ordinateur. Des personnes que nous rencontrons régulièrement ont entendu ce lien aux personnes isolées par le projet Internet de rue et ont eu envie de surpasser leur peur de l'ordinateur. Un homme a pu profiter d'une formation à l'extérieur dispensées par une association animée par des formateurs bénévoles.

Pour les autres, nous avons démarré avec un groupe mixte comprenant des gens en difficulté ainsi des bénévoles souhaitant se perfectionner, et chaque semaine, sur 10 séances, cet atelier fut prétexte à mieux appréhender l'ordi mais aussi à un moment décontracté pour communiquer entre nous. Ainsi, nous avons pu écrire des poèmes et se les envoyer en messagerie instantanée, écrire des mel à des personnes au loin, apprendre les rudiments du traitement de texte, et s'interpeller sur nos questions diverses autour de l'informatique. Beaucoup avant cet atelier exprimaient l'envie de connaître l'ordinateur mais n'osaient pas franchir le pas de s'incrire à une formation. Peut-être pour des publics éloignés, la mixité sociale est-elle un facteur non discriminant dans un groupe qui favoriserait le fait d'oser manier la souris.

Dans le prolongement de cet atelier, des personnes s'équipent ou découvrent des accès publics auprès de chez elles ; une chose est sûre, l'offre envers des publics éloignés comme il en existe dans le Val d'Oise concerne surtout les seniors, je suis convaincu qu'au delà de l'âge, les barrières sociales ont la vie rude pour l'approche de l'ordinateur.

22 mars 2006

Tour de Babel

Dernièrement, j'avais emporté un article du Journal "le Monde", intitulé "Un rapport du Conseil de l'Europe fustige Bucarest" (édition du 25/02/2006), qui, outre ce rapport, donnait aussi des nouvelles de la contamination possible par le virus H5N1 de familles Roms. J'en lisais des extraits en français quand mon interlocuteur me dit : "mais, avec ta machine [ordinateur], est-ce que tu ne peux pas traduire l'article en roumain, pour que tout le monde comprenne dans le campement ?"

J'étais content de réaliser que cette personne, qui vit des conditions très difficiles, avait compris l'un des usages possibles de cette machine... mais malheureusement, j'ai dû lui dire que ce n'était guère possible : le roumain est rare dans les logiciels de traduction en ligne, et ces logiciels font encore énormément de contre-sens et d'erreurs. En outre leur développement est beaucoup plus lent que d'autres usages.

Cependant là se trouve posée une question fondamentale sur l'avenir d'Internet, guère abordée sur le fond au SMSI : cet outil va-t-il devenir un moyen d'approfondir le dialogue entre les peuples en facilitant les échanges entre personnes parlant des langues différentes ?
Ce n'est en tous cas pas la première fois que des familles très pauvres me posent cette question et disent que c'est là une de leurs attentes.

06 mars 2006

Trouver des amis

Quelques nouvelles des familles que je rencontre :

- 1er mars : un autre campement de familles venant d'une région plus au nord de la Roumanie a été expulsé sur ordre de la Préfecture. Il neigait. Un des pères de famille, atteint d'une infection pulmonaire venait d'être admis aux urgences. Ce sont les familles que je vais voir qui ont accueilli, sur le terrain où elles sont temporairement, une partie des expulsés. La police est là, ferme mais respectueuse.

Cette expulsion fait suite à d'autres, de familles françaises... Certains s'en indignent.

- 3 mars : avec une connaissance, membre d'une association de soutien, nous faisons le tour des campements. Un taximan, qui depuis 2 ans venait chercher des enfants pour les emmener chaque matin à l'école et aller les rechercher, a aidé à déplacer quelques caravanes expulsées. Maintenant que ces familles sont dispersées, il va sur 2 campements différents et avec la pluie qu'il y a eu c'est un vrai parcours de cross... D'autres parents voudraient scolariser leurs enfants... Seul le Maire d'une commune semble favorable à acceuillir dans ses écoles ces futurs européens (au 1er janvier 2007).

Ni la récente Résolution du Parlement européen sur la situation des Roms dans l'Union européenne, ni le Rapport final sur la situation en matière de droits de l’homme des Roms, Sintis et Gens du Voyage en Europe du Commissaire aux Droits de l'Homme du Conseil de l'Europe ne semblent complètement d'actualité...

Et pourtant... Ces familles -qui voient dans la libre circulation en Europe les possibilités de jours meilleurs- voudraient pouvoir habiter quelque part, discuter avec les pouvoirs publics, scolariser leurs enfants,... Sans soutien, elles ne pourront arriver à se dresser contre cette peur des pauvres, des étrangers, des Roms qui poussent les uns et les autres à toujours les vouloir ailleurs...

Il leur faut trouver des amis, comme ce taximan qui ne fait pas seulement le travail pour lequel il est payé, mais s'inquiète aussi de ce que deviennent les personnes... Dans d'autres lieux, comme le Val de Marne, grâce à la mobilisation d'associations des solutions voient pourtant le jour...

Un autre signe amical est celui de Sig, suite à un article sur ce blog. Il a changé de travail et sa démarche rejoint, de mon point de vue, des réflexions qui émergent sur la place de l'entreprise dans la société, comme en fait écho l'Institut Montaigne, Entreprise et Progrès ou les réflexions des Cercles européens Wresinski à Bruxelles...
Peut-être que, dans un futur proche, ces familles jetées sur les routes pourront grâces aux technologies actuelles revoir, virtuellement, les leurs, renforcer leurs liens avec leur famille...

Page de description des Rroms sur Wikipédia

10 février 2006

Quand on a la vie difficile

C'est vrai que dans le cadre de ce projet, nous sommes confrontés pour avancer avec les gens, aux difficultés qu'ils rencontrent dans leur quotidien.
Un jeune couple en caravane que je rencontrais, sous le coup d'un jugement d'expulsion  par le maire de la commune, a fui sans bruit, sur les routes par peur de l'humiliation au cas où les forces de l'ordre intervienaient. Le jeune homme de 25 ans était lancé dans l'apprentissage du permis, il avait trouvé un travail ces derniers mois, et nous faisions des ateliers photos ensemble sur leur terrain. Nous avons gardé le contact téléphonique, et ils espèrent si un jour la situation évolue, pouvoir être relogés comme ils en avaient émis le souhait, et pouvoir ainsi scolariser leur fille comme elle l'était jusqu'à présent. Ils vivaient depuis 25 ans à cet endroit, et on ne leur a pas accordé une médiation pour discuter d'un endroit où ils pourraient aller.
Le jeune homme a raconté des morceaux de sa vie dans un écrit public, il m'avait dit un jour qu'il aimerait pouvoir 'parler de lui'. L'ordinateur avait pris une dimension familiale puisque sa femme et lui en faisaient ensemble, lui qui avait des difficultés à lire, montrait à sa fille un ou l'autre site. Quelle confiance leur ont donné ces séances régulières d'Internet, ce n'est pas quantifiable mais au moins, ce projet leur a permis d'avancer dans l'appropriation des nouvelles technologies, de réussir à apprendre, ce qui n'est pas négligeable quand on se retrouve chassés sans considération aucune.

31 janvier 2006

Travailler dans l'informatique : quel avenir ?

Ce matin, avec trois jeunes qui participent au projet "Internet de rue", nous sommes allés visiter TAE, une entreprise située à Noisy-le-Grand, près de Paris, qui travaille dans 3 secteurs : le reconditionnement de matériel informatique, l'entretien et la rénovation de bâtiments, le nettoyage de locaux associatifs.

P1310044_300x200 Nous avons été chaleureusement accueillis et nous avons même pu nous initier à la vérification des composants d'un ordinateur et de son fonctionnement. Nous avons aussi visité un chantier de peinture dans un bâtiment proche. La visite s'est conclue par un repas amical pris en commun.

En discutant avec un des membres de l'équipe des possibilités d'insertion, il nous disait que, dans le secteur informatique (maintenance, réparation,...) et sur sa zone, la plupart des emplois (indépendants comme salariés) étaient occupés par des personnes ayant au moins bac+2 !... et que, tant que ces personnes ne pourraient avoir accès à des emplois plus qualifiés, le marché de l'emploi serait "bouché" pour tous ceux qui, sans diplôme, ont acquis une compétence par le travail (comme c'est le cas dans des entreprises d'insertion)...

Dire que le développement de l'informatisation en France crée des services, certes... mais à quel niveau de qualification, et quel avenir pour ceux qui démarrent dans la vie sans réelle possibilité de formation reconnue ?

26 janvier 2006

De la decouverte a l'usage

Après un long temps d'apprivoisement réciproque, de découverte de l'outil et de ses possibilités, d'essais... la question se pose vraiment pour certaines des personnes que nous rencontrons de se dire : tout cela est bien, mais, concrètement, ça m'aide en quoi ?

En effet, faire une démarche pour obtenir tel ou tel papier administratif est une action ponctuelle. Téléphoner, oui, mais le moment où l'on a besoin d'appeler quelqu'un et celui ou nous nous rencontrons autour d'un ordinateur ne correspondent pas toujours. Correspondre par email, oui... si l'on a des correspondants et l'isolement de certaines personnes est tel qu'ils n'ont quasiment aucune adresse email de personnes avec qui correspondre. Même blogger : autant l'un ou l'autre peut être fier et heureux de publier un article sur Internet, autant la vie dans une grande précarité entraîne bien d'autres soucis que celui de commenter chaque jour ce qu'on vit sur Internet...

"L'e-inclusion" ne peut dès lors qu'être au service de l'inclusion sociale tout court. Lorsqu'on est en possibilité, en "capacité" de chercher du travail -ce qui n'est pas le cas de tous, certains étant "sans-papiers"-, il est certes utile de disposer d'un ordinateur pour envoyer son CV, consulter des annonces,...

Ayant continué la relation avec les mêmes personnes dans la durée (situation différente d'un espace public où les groupes de participants, après un temps d'apprentissage, sont remplacés par d'autres même s'ils continuent ponctuellement de venir utiliser des outils), nous sommes donc dans une phase plus axée vers l'inclusion sociale, où nous continuons de nous appuyer sur l'ordinateur connecté. Nous passons du lien individuel, personnel à une dynamique de groupe.

Dans le Val d'Oise, elle se dessine d'une part autour de temps collectifs dans un lieu, la Maison Quart Monde mais aussi dans une série de propositions d'activités diversifiées aux personnes que nous rencontrons habituellement, leur permettant de rejoindre un groupe. Sur Paris, précisément à Belleville, c'est la poursuite des projets élaborés en partenariat avec le Centre Social visant à la rencontre de citoyens de différents milieux autour d'activités communes, mais c'est aussi le renforcement de liens avec d'autres associations : "Aux captifs, la libération", le Centre Emmanuel, un atelier peinture, les activités collectives du Mouvement ATD Quart Monde,...

Dans les activités de ces groupes que les personnes rejoignent à partir de leur participation au projet "Internet de rue", elles bénéficient de l'acquis de leur fréquentaion de l'ordinateur qui peut alors devenir pour elles un élément de leur "carte de visite"...

Et dans le même temps, nous repartons à la rencontre de nouvelles personnes sur de nouveaux lieux...

06 janvier 2006

Convergences

Dans un article publié le 21 décembre sur le site de Créatif concernant l'accès aux TIC pour tous dans le Lot, l'atelier 1, "Les TIC vecteurs d'insertion" corrobore tout-à-fait les résultats tirés du projet Internet de rue aux séminaires de juin et octobre 2005. En voici les principales conclusions :

Les leçons à tirer :
-  Identifier ce qui fait sens pour les publics et mettre l’accent sur l’accompagnement humain
-  Pour les "publics éloignés", les TIC ont un effet déclencheur d’une démarche d’apprentissage.
-  Le projet EQUAL a réveillé des "projets dormants".

Quelques pistes pour l’avenir :
-  Développer les réseaux et les liens entre les professionnels
-  Capitaliser les expériences et créer des ressources transférables
-  Il faut travailler dans la durée car le changement des mentalités est long.

Une clé du succès :
-  Co-construire les projets avec les acteurs de terrain en partant des besoins des usagers

Comme on le voit, l'enjeu de l'insertion des personnes est bien en premier le partenariat noué avec elles, loin devant les questions d'investissement ou de technique.

18 novembre 2005

Communiquer à distance

A propos de communication à distance avec des familles que nous rencontrons, j'ai essayé il y a quelques semaines aussi la communication vocale par internet avec des familles en caravane.

L'idée était d'arriver à parler à une personne qui venait l'année précédente pour les rencontrer et faire de l'informatique avec eux. Cette personne était sur le point de s'installer quelques années en Algérie et a donc stoppé sa participation à notre projet pour ce faire. Nous avons essayé de le contacter par Skype et après quelques essais, la communication a pu être établie. Ces personnes en caravane ont beaucoup de difficultés pour téléphoner et joindre les leurs également, et souhaitaient donc parler à des gens qu'elles connaissaient. A ce moment, un ami à moi, de Roumanie (qui avait fait un stage avec Atd Quart Monde) était connecté et a cherché à me parler. Il ne parle qu'anglais et donc après explication de l'endroit où j'étais et ce que nous faisions, il a dialogué avec les quelques personnes autour de l'ordinateur. Je faisais les traductions en même temps de ce qu'il me disait et de ce qu'eux souhaitaient lui répondre, et c'était touchant pour ces familles dans le Val d'Oise de pouvoir parler avec quelqu'un d'aussi lointain, rien qu'avec cet ordinateur.

Nous nous sommes dit que nous allions réitérer l'expérience avec cet ami qui se trouve en Algérie et qui venait l'année dernière pour les rencontrer avec moi. Par ce simple moment, je voulais mettre au jour le fait que des gens pauvres, en voyant que leur vie intéresse plus que leur simple cercle, et qu'ils peuvent dialoguer à égalité avec d'autres, retrouvent peu à peu une confiance et de la force pour réaliser leurs projets. Cette idée qui émerge en eux aussi, qu'ils participent à la société, alors qu'ils n'y croyaient plus, par l'utilisation des nouvelles technologies...

Technologies mobiles

Les familles que je rencontre, lorsqu'elles veulent téléphoner aux leurs doivent d'abord faire 3 km à pied pour atteindre une cabine téléphonique publique. Là, elles utilisent des cartes bon marché.

Je m'étais dit que nous pourrions essayer Skype depuis un ordinateur portable branché sur le GPRS. Je ne sais pas si c'est que les signaux étaient trop faibles ou que les logiciels étaient incompatibles... toujours est-il que nos essais se sont révélés infructueux.

Difficile, parfois, de vouloir mettre la technologie au service des plus rejetés...

18 octobre 2005

Informatique au service du refus de la misere

A l'occasion du 17 octobre 2005, le site web de la Journée mondiale du Refus de la misère a été remanié pour de venir plus participatif (il est maintenant sous Spip). Il s'est aussi ouvert vers de nouvelles langues.

Cela a été l'occasion pour des personnes vivant à la rue, pour des personnes ayant connu la misère de s'exprimer quasiment en direct (les articles ont été validés entre 5 et 30 minutes après leur envoi). Poèmes, réflexions, témoignages... Et cela à côté de messages on ne peut plus officiels de diverses personnalités.
Cela a aussi été l'occasion par exemple pour un groupe de femmes d'Inde de faire connaître leur action contre la pauvreté ou encore depuis la République du Congo, le Pakistan, ou la Nouvelle-Orléans...

Chacun des membres de l'équipe s'est investi : l'un accompagnant des familles, l'autre au Trocadéro, proposant un atelier de consultation et d'écriture avec toute une équipe du Centre Social BelleVille et de son Epn pour la couverture Internet/Wifi du parvis , le dernier derrière l'écran à l'animation du site...

Ce qui a eu lieu à l'occasion d'une journée pourrait devenir plus fréquent. Où sont les rêves de "démocratie directe" avec le support de l'Internet ?
Certes, il n'est pas simple d'arriver à ce que des personnes d'horizons aussi différents se comprennent -surtout sur un sujet aussi difficile que la lutte contre l'extrême pauvreté et la misère dans le monde-, et  que les plus fragiles ne soient pas écartés.
Au-delà des aspects commerciaux ou utilitaires souvent décrits, le support d'Internet pourrait contribuer à ce que les gens essayent de se comprendre, au rapprochement des peuples et à une société plus paisible parce que plus juste. C'est en tous cas ce que nous espérons...

11 octobre 2005

Recherche portables...

Depuis plusieurs mois, des hommes, des femmes, vivant dans des conditions difficiles se sont mis à se familiariser avec l'ordinateur et Internet. Chez certains, petit à petit, est née l'idée que cet outil pourrait les aider à sortir de la misère, s'ils arrivaient à le maîtriser.

Ils voudraient pouvoir s'exercer, en dehors des temps où nous nous voyons dans le cadre du projet "Intrernet de rue". Certains rêvent de travailler la photo, l'anglais,...

C'est pourquoi nous recherchons une dizaine d'ordinateurs portables en état de marche même s'ils sont anciens. Pourquoi des portables, me direz-vous ? Simplement parce qu'il est plus facile, dans une caravane, un squatt ou un appartement de le placer en hauteur pour ne pas que les enfants le cassent, ou de l'emporter avec vous dans un sac si vous avez peur qu'on vous le vole...

En attendant que l'ordinateur neuf à 100 euros voie le jour, ces personnes seraient prêtes, pour en avoir une réelle propriété, à contribuer modestement.

09 septembre 2005

Inondations

Les familles tziganes roumaines que je rencontre dans le cadre de ce projet ont, dès le début, été très intéressées d'avoir des nouvelles du pays. A chaque séance ou presque, nous regardons les journaux en ligne. Parfois, nous imprimons un article qui fait le tour du campement.
Depuis le début de l'été des inondations à répétition mettent à mal la Roumanie. Les uns et les autres sont inquiets pour leur famille.
Cette fois, le journal affichait une galerie de photos sur les inondations à la Nouvelle-Orléans. La personne qui était devant l'appareil a pris beaucoup de temps pour regarder chaque photo, lire la légende (et même me faire traduire ce qui était resté en anglais). Ce n'était pas une quelconque curiosité, mais le regard d'une personne qui savait le malheur qui frappe les plus pauvres de cette ville, qui perdent le peu qu'ils ont.

Internet n'est pas seulement un outil utilitaire ou commercial. Il peut renforcer la compassion d'êtres humains pour d'autres. En soi, c'est important. Mais peut-on en rendre compte dans le cadre d'un projet ?

22 juin 2005

Simple comme bonjour

Pour le projet, je rencontre des personnes sans domicile fixe qui sont toujours dans la journée dans le même quartier, au même endroit. Il me semblait important de relier ces personnes aux associations et institutions existantes dans le quartier. J'ai donc créé des liens avec quelques unes d'entre elles qui étaient intéressées par notre démarche "Internet de rue" !

Une première approche a été faite avec un des responsables d'une association que j'ai rencontré avec une personne sans domicile fixe !

A la suite de cette rencontre, le responsable, passant comme souvent dans cette rue la reconnaît, s'arrête et échange quelques mots avec elle !!!

L'avenir dira quels impacts peut avoir cette nouvelle relation.

Reconnaître un individu, s'arrêter quelques instants, échanger quelques mots, n'est ce pas déjà reconnaître son existence parmi d'autres et par là reconnaître sa dignité.

Recherche d'emploi

A l'occasion du projet "Internet de rue", je rencontre une personne qui est sans domicile et qui m'a fait part de combien Internet lui est d'une aide précieuse dans sa recherche de travail !

Il envoie son Curriculum vitae par Internet aux annonces des sites de l'ANPE, de sociètés d'intérims. Une adresse email est souvent mentionnée dans les annonces de sites web pour faire parvenir, CV et lettre de motivation. L'autre point qui lui paraissait essentiel, c'est que de cette façon il avait un champ plus large de recherche sans pour cela faire des dépenses de timbres, de voyages que cela soit pour le train ou le métro.

Les sociètés répondent rapidement à votre courrier que ce soit favorable ou non, ce qui n'est plus vraiment le cas par courrier postal et pire encore sans adresse fixe !!!

Internet ne peut résoudre la précarité liée aux contrats à durée déterminée bien plus souvent proposés que des contrat à durée indéterminées ! Internet ne peut pas non plus résoudre la crise du logement sur Paris !

06 juin 2005

"Sans papiers", et francais

Dans le cours de ce projet "Internet de rue", je rencontre un jeune homme vivant depuis quelques années en caravane et habitant le Val d'Oise, qui n'a jamais eu de carte nationale d'identité, malgré le fait qu'il soit français de naissance.

Sa difficulté à aller vers l'administration et maintenant son habitat en caravane, combiné à un certain isolement, font qu'il n'est pas aisé d'aller frapper à la porte de la mairie pour faire valoir ses droits. Nous étions déjà allé ensemble faire certaines démarches il y a quelques mois, puis seul, il était allé à la mairie à plusieurs reprises, en vain, se voyant refuser ce précieux document. Entre temps, il avait perdu espoir de l'obtenir, et ne voulait pas retourner vers la mairie de peur d'un échec dur à vivre à nouveau. Je guettais alors dans le cours de mes rencontres régulières avec lui, un moment plus opportun. Alors que je le sentais très préoccupé un jour, et après une discussion avec lui, nous décidions ensemble de nous lancer à nouveau dans ce combat. Après avoir regardé précisément ce qui était nécessaire sur le site de l'administration française, il a fait sa demande d'acte de naissance par voie électronique. Le site marquait 5 jours ouvrés, il en faudra 2 ! Ce qui lui donna courage. Il a aussi tapé la lettre d'hébergement nécessaire et réuni le restant, puis nous avons été ensemble à la mairie. La personne qui nous a reçu s'étonnait de comment ce jeune homme pouvait vivre à notre époque sans couverture sociale, sans pouvoir prétendre à un emploi digne de ce nom ou une formation. Sa demande est maintenant enregistrée et acheminée vers la Préfecture.

Ces quelques mots seulement pour signifier l'effet non quantifiable du projet que nous menons, et l'effet difficilement mesurable. La présence régulière aux côtés de ce jeune pour s'initier à Internet a-t-elle favorisé sa confiance en lui, sa force et son désir de sortir de son isolement ? Sans aucun doute. Est-ce une première étape pour qu'il puisse se trouver socialement dans une situation "vivable" dans le futur ? A suivre.

31 mai 2005

Internet, un chemin pour retourner vers l'emploi

Je rencontre chaque semaine dans le Val d'Oise un jeune homme, qui vit en appartement. Il vient il y a quelques semaines de perdre son emploi, où il travaillait un nombre d'heures que je préfère ne pas citer.

Avec ses quatre enfants, il veut vite retrouver le chemin de l'emploi, mais en tentant de trouver moins précaire qu'auparavant. Chaque semaine, on regarde ensemble les offres que nous imprimons chez lui. On ne peut mesurer l'impact direct que le projet a sur sa motivation, mais lui-même me sollicitait il y a quelques jours pour qu'il écrive un CV, malgré ses difficultés à écrire. Il a essuyé plusieurs refus, mais je m'aperçois qu'il reste dans une dynamique de recherche et que son courage ne faiblit pas, ce qui m'impressionne vraiment. Internet est une des voies, et sans cesse, on discute du fait qu'il peut aussi aller à l'ANPE consulter les offres, regarder d'autres presses, et je constate deux choses :

- le fait d'utiliser Internet représente une fierté pour lui, lorsqu'il amène les offres imprimées pour en parler avec le conseiller car il utilise les technologies d'aujourd'hui.

- Deuxième élément : l'impression d'autonomie représentée par l'outil, c'est l'outil qui aide et non pas seulement un conseiller à qui on doit tout parce qu'il faut aller vers lui avec un numéro pour savoir à quoi correspond l'offre...bien que ce ne soit pas tout le temps le cas.

C'est intéressant parce qu'à travers Internet, ce jeune homme aborde différemment les circuits traditionnels de l'ANPE, parce qu'il s'en construit une vision plus "moderne" au travers du site web et de la manière dont nous avançons ensemble, même si le contenu est le même que les offres sur papier affichées au mur.

27 mai 2005

Le mystere et le bonheur de la solidarite numerique en ligne... A suivre...

Suite à l'article de ce blog Créer des liens au-delà des frontières (24 mai 2005), un blogueur s'est manifesté dans les commentaires :

"J'ai une collègue informaticienne d'origine roumaine qui a pas mal de contacts là-bas et pourrait les activer. "Pourquoi pas ?", me dit-elle... Et si on essayait de trouver ces fameux médiateurs roumains ? Pour cela, j'aimerais savoir :
- dans quel endroit de Roumanie exactement se trouve la famille en question ?
- ce besoin est-il spécifique à cette famille ou bien est-ce que ça vaut le coup de chercher des médiateurs dans n'importe quelle région de Roumanie ?"

Mieux encore, il a relayé sur son blog un appel à nos amis roumains :

"Y a-t-il des roumains de Roumanie dans la salle ? En France, il y en a dans la rue, qui n'ont pas forcément beaucoup de moyens mais ont l'audace de goûter aux nouvelles technos. Ils aimeraient bien communiquer par Internet avec leur famille restée au pays, pour échanger quelques photos du fils que l’on a pas revu depuis deux ans… Problème : au pays, qui pourra donner (prêter ?) à cette famille un accès à l’Internet ? Faites passer cet appel à vos contacts en Roumanie, ça pourrait être sympa. Au passage, découvrez le formidable projet Internet de rue."

Merci à Sig! Peut-être le début d'une micro-solidarité numérique en ligne via le projet et grâce à l'aide de bonnes volontés... A suivre!!

24 mai 2005

Creer des liens au-dela des frontieres

Cet après-midi, je rendais visite à des familles tziganes roumaines. Depuis une ou deux séances, nous travaillons la photo. Mais, cette fois, c'était la fête : nous nous sommes retrouvés une dizaine de personnes à l'intérieur de la caravane autour de l'ordinateur et de l'imprimante.

Nous avons imprimé (format A4 !) les photos de la dernière fois : c'en était presque "magique". Puis, il y avait ce "vieil" appareil numérique, récupéré, pour lequel je n'avais jamais réussi à trouver un driver. M'étant procuré un lecteur de cartes flash, nous avons réussi à en extraire les photos, et à les imprimer. C'était celles qu'ils avaient faites eux-mêmes lors d'une fête de famille à la Pâque orthodoxe. Les photos ont fait le tour du campement...

Le jeune chez qui me rends a alors eu une idée : je vais envoyer l'appareil photo à ma mère, restée au pays. Elle va prendre des photos, entre autres de mon fils que je n'ai plus vu depuis 2 ans. Il avait 5 ans quand je suis parti. Elle me le renverra, on les imprimera ici !

Déjà, nous avions vécu cela avec une famille malienne et une autre sénégalaise : les mamans enregistraient des cassettes audio et les envoyaient par la poste à leur famille pour donner des nouvelles. La même cassette refaisait alors le chemin inverse...

Bien sûr, tout cela pourrait se faire par Internet (et se fait déjà, avec des populations peut-être moins pauvres) ... de façon beaucoup plus immédiate, si toutefois il y avait sur place des intermédiaires, des médiateurs qui, eux aussi puissent mettre à la disposition des personnes des moyens de communication... En attendant, chacun invente des moyens de communiquer à la portée de son propre milieu.

20 mai 2005

Compatibilite

Les ordinateurs à 100 euros, dont parle Bruno, sont une bonne chose, s'ils voient le jour... Les jeunes adultes que je rencontre, depuis quelques temps m'amènent toute sorte de matériels souvent trouvés sur des décharges ou à la déchetterie. Parfois, ils sont vraiment cassés, mais parfois ils ont eu de la chance : un appareil photo numérique encore en état de marche (même s'il est des plus simples), un lecteur MP3,...

Evidemment, ils me demandent très vite de charger des photos sur l'ordinateur pour les imprimer ou les graver, de leur mettre sur des miniCD MP3 de la musique,... Et à chaque fois, je retombe sur le même problème : impossible de trouver sur le web un gestionnaire "standard" qui prenne en charge ces appareils (souvent des bas de gamme, de sous-marques et de fabrication étrangère).

Dans ces situations, la question n'est pas que ces "publics éloignés de l'internet" ne veuillent pas utiliser la technologie, mais bien qu'ils ne peuvent faire fonctionner les outils qui sont à leur portée...

Cela pose certes la question de la compatibilité de ces instruments entre eux (ce que ne favorisent évidemment pas les firmes commerciales) mais aussi la question de savoir si la "ségrégation numérique" ne serait pas aussi une copie de la ségrégation de l'argent...

08 avril 2005

Internet, unificateur pour le couple

Je me trouvais hier auprès d'une famille qui vit en caravane dans le Val d'Oise. Actuellement, nous faisions de l'ordinateur avec l'homme plutôt, autour surtout du code de la route pour l'instant.

Il me disait l'autre fois qu'ayant un enfant qui va naître ce prochain mois, il ne pourrait pas partir une semaine en vacances en caravane comme il le faisait d'habitude, et qu'il aimerait partir en location. Sa femme me disait que c'est lui qui s'en occupait, qu'elle ne savait pas trop comment s'y prendre. Puis hier, il était lui occupé car en train de bricoler pour l'arrivée de son nouvel enfant, sa femme souhaitait pour la première fois allumer l'ordinateur. Pour ce qui est des démarches administratives, nous en avions déjà parlé, elle me disait qu'elle n'avait pas besoin pour l'instant. Les gens que nous rencontrons ont aussi besoin d'autre chose, de rêver, d'être avec les siens dans un bel endroit, avec ses enfants. Je lui proposais donc de commencer à regarder pour les vacances sur Internet. Au début impressionnée par ce qu'on pouvait faire, elle s'est mise très vite à comparer les prix, commander des catalogues, comparer les différentes régions...

Ce qu'on peut remarquer, c'est qu'au début, elle me disait qu'elle ne savait pas comment faire, que c'est T. qui devait s'en occuper. Puis finalement, elle a commencé, M. nous a rejoint en cours de navigation, ils ont pu en discuter ensemble, échanger des points de vue et surtout, être à égalité devant l'information.

Dans le cas de cette famille, c'est surtout l'homme qui sort et qui a un accès aux informations ; dans ce cas, sa femme a pu prendre en main une situation qu'elle donnait à gérer à son mari, le choix des vacances, car ne trouvant pas la possibilité de se procurer l'information. Ils ont pu ensuite être ensemble devant les multiples possibiltés, grâce à Internet donc. N'est-ce pas cet instant là, qui donne ensuite plus de courage à cette famille pour avancer dans le lendemain, avec force, parce qu'on se sent maintenant plus de ce monde?

Effets collateraux II

Dans le courant de ces rencontres avec les gens que nous avons par rapport à l'ordinateur, comme le disait Jean-Pierre, il y a l'apprentissage à l'informatique et tout le reste, qui est engendré par le déroulement de ce projet.

Je vais par exemple visiter un jeune couple en caravane, ces jours-ci avec un appareil numérique. Lorsque je leur demandais où ils voudraient aller prendre des photos et ce qu'ils aimeraient photographier, le jeune homme me répondait qu'il souhaitait aller dans le parc du Château de sa ville voisine. Nous nous y rendions avec sa femme et sa petite fille de un an, M. a donc pu photographier sa petite fille au bord de l'eau, dans les bras de sa femme, et surtout faire naître une forme de création dont il peut être fier. Ce qui est important à voir, c'est que cette famille sort peu à l'extérieur, rencontre peu de gens hors de son cercle familial. Et là, le jeune homme me dit à un moment, alors que nous discutions avec un monsieur venu nourrir les animaux qui avait parlé à sa fille : "c'est la première fois qu'elle serre la main à un inconnu tu as vu!"

Effectivement, le fait de se sentir exclu, de voir que le monde avance sans qu'on soit consulté fait que ce jeune homme se replie ; et lorsqu'après avoir pris les photos, nous nous installions sur un banc avec l'ordinateur portable pour les regarder, sélectionner celles que nous tirerons sur papier, pourquoi pas en encadrer une que l'on trouve particulièrement belle, je sentais une grande fierté à être librement pour eux dans cet endroit où tant de gens flanent en paix, et où eux n'osent pas venir d'habitude ; peur qu'on les regarde s'ils sont sales, la peur du regard des autres.

Cet ordinateur représente pour ce jeune homme une véritable chance d'avoir accès au monde, de se sentir exister là où il vit parce que pour une fois, avec l'ordinateur à côté, on est vu différemment.

07 avril 2005

Effets collateraux

Lorsque des personnes viennent dans un local (par exemple équipé d'ordinateurs), elles ont une intention, une idée, un projet... et lorsque "la vie" fait irruption, ce sont d'autres relations qui se nouent.
Avec le projet "Internet de rue", nous sommes dans une autre situation. Nous allons au-devant de personnes (qui vivent des situations de grande pauvreté) et c'est nous qui, ordinateur sous le bras, faisons irruption dans leur vie, leurs occupations, leurs soucis.

Mais, même en faisant attention, nous ne nous rendons pas toujours compte de ce que nous provoquons. Récemment, lors d'une rencontre avec d'autres acteurs de terrain, l'une d'entre elle nous a dit : "Vous n'imaginez pas ce que vous bousculez : M. Untel (hors des circuits d'emploi depuis longtemps) se levait généralement tard. Comme vous venez, il se lève tôt et cherche une activité, un travail à faire pour être occupé lorsque vous arrivez". Ou bien : "dans le cadre de nos activités culturelles avec des enfants, nous avons très difficile d'aborder la question des "papiers administratifs" avec les parents, et surtout avec les hommes. Là, avec votre ordinateur, au moins vous arrivez à en parler avec eux". Ou encore, M. X disait à une personne qui n'est pas membre de l'équipe du projet : "maintenant, je veux 'rentrer dans le droit chemin'. La preuve, je me forme à l'informatique".

Bien sûr, de telles réflexions se rencontrent dans de très nombreuses actions sociales et culturelles. Il n'y a là rien de nouveau... si ce n'est que ce projet "Internet de rue" produit les mêmes effets, et pas seulement des résultats en termes de formation au numérique.

24 mars 2005

Trouver des sites interessants

Les personnes que je rencontre dans le cadre du projet "Internet de rue" maîtrisent peu ou mal la lecture, mais par contre ont exercé divers travaux manuels.
Je me suis mis à chercher quelque chose qui ressemblerait à de la formation de base dans différents domaines : mécanique auto, électricité, maçonnerie, carrelage,... Cela a pris des heures d'éplucher des dizaines de liens. J'ai aussi posé la question sur une liste de discussion, celle des EPN.

Finalement, je sors de cette exploration un peu déçu. Certes, il y a bien ici et là, quelques fiches "de base". Une série concernant la mécanique auto se trouve sur un site de petites annonces. Des magasins de bricolage ont édité leurs fiches en format html et pdf... Mais je m'attendais, avec les techniques existantes, d'une part à des animations, par exemple en flash, montrant pas à pas comment procéder. D'un autre côté, quand j'ai montré ces fiches aux personnes que je rencontre, cela ne correspondait guère à leurs attentes. Démonter une batterie, changer un pneu ou remplacer un filtre à huile, les gens savent faire. Par contre, l'un m'a demandé comment il pouvait réparer le mécanisme de direction d'une voiture...

Rendre Internet accessible à tous, ne serait-ce pas aussi faire un effort pour prendre en compte les intérêts de toute une partie de la population, qui elle, s'exprime plutôt par les mains ?

(Je n'ai pas mis les liens vers les sites concernés car ils sont commerciaux. Mais vous pourrez les retrouver avec un moteur de recherche).

23 mars 2005

Internet de Rue obtient le label PARVI dans les quartiers politique de la ville (Ville de Paris)

Le Mouvement ATD Quart Monde vient d'obtenir le label "Parvi" pour le projet Internet de rue, sur Paris.

"Délibérations du Conseil de Paris (Ville de Paris - 7/8 mars 2005)
ARTICLE 1 er : Sont approuvés les projets de convention à passer avec les associations RESEAU 2000, Fédération des Centres Sociaux et Socio-culturels de Paris, MICROLITHE, Mouvement ATD QUART-MONDE, et les sociétés France TELECOM et ERENIS intitulés «Label PARVI DANS LES QUARTIERS POLITIQUE DE LA VILLE » joints en annexe de la présente délibération."

Le label PARVI dans les quartiers politique de la ville fait l'objet d'une convention avec des projets susceptibles de :
- répondre aux objectifs de la Ville de Paris, de réduction de l'exclusion numérique et du développement de la diffusion des usages Internet et multimedia ;
- faire l'objet d'une attention particulière envers les populations les plus défavorisées, les PME-PMI,...
- couvrir tout ou partie des territoires visés au règlement de l'appel à projet, voire un quartier particulier, un groupe d'immeubles, un immeuble ou une cité ;
- s'adresser à l'ensemble de la population des quartiers parisiens visés au règlement de l’appel à projets ou, à l'intérieur de ces quartiers, à des publics plus ciblés...

Plus d'infos :
Retrouvez le projet de délibération sur les modalités d'attribution du label «PARVI DANS LES QUARTIERS POLITIQUE DE LA VILLE» (Paris Ville Numérique) – Conventions entre la Ville de Paris et les structures labellisées ici en .pdf.

04 mars 2005

Blog d'expression

Le projet "Internet de rue" est cité dans l'hebdomadaire La Vie (daté du 17 février 2005) au sein d'un article signé Aurélie Sobocinski : "Avez-vous votre blog ?".

"Ils remplacent les carnets de bord ou les journaux intimes... à ceci prèsque des millions de gens peuvent en prendre connaissance. Nouveau phénomène, ces pages Web personnelles, faciles à créer et mises à jour régulièrement, permettent de partager passions, chagrins, coups de coeur ou coups de gueule."

"Le blog ne permet pas de combler le fossé numérique. Mais quand des associations comme ATD-Quart Monde offrent aux personnes en rupture d'y accéder dans la rue, une chose très importante se passe. Disposer d'un espace d'expression individuelle, c'est, pour ces personnes, un début de reconnaissance.
Quelques clics pour un autre déclic : trouver une place dans la société."

Un blog d'expression autour du Projet Internet de Rue, en projet depuis plusieurs mois, est actuellement en cours de finalisation. Texte extrait du blog collectif en construction :

"(....) destiné d'abord à ceux qui encore aujourd'hui ont le moins accès à ce mode d'expression écrite qu'est internet. Pour des personnes qui ont eu une vie difficile, les possibilités de publier, d'écrire pour être lus par d'autres étaient rare. Avec Internet, c’est plus facile et à moindre coût (...)."

11 janvier 2005

L'action, dans le Val d'Oise

Ces jours-ci dans le Val d'Oise, outre le fait d'aller avec les gens consulter Internet quand on le peut, je me déplace avec le CD Rom du Code de la Route.

Beaucoup de personnes que l'on rencontre, voient dans le fait de passer leur permis de conduire une autonomie qu'elles gagneraient, mais surtout un gain de liberté. Comment se rendre à l'auto-école pour s'entraîner, quand on habite au milieu des champs, dans la boue, à l'écart de sa propre ville?

Une personne que je rencontre, qui vit en caravane, est inscrite dans une auto-école, mais elle a raté son code déjà par deux fois. La motivation est dure à garder quand on ne comprend pas ce livre de Code, et que la source d'apprentissage, ce sont les cours, auquel on se rend quand on peut, avec un vieux vélo.

Alors, le vrai visage de l'ordinateur apparait pour ce jeune. Il voyait auparavant l'ordinateur comme un outil réservé aux intellectuels, se sentait capable de jouer seulement, et maintenant, il voit que l'ordinateur lui permet un gain de temps et d'énergie, comme moi lorsque je passe cinq minutes à écrire un mél au lieu d'une lettre à un ami lointain. C'est finalement cela qui est nécessaire en premier lieu pour cette personne, il me disait lui-même : "avec ce permis, je pourrai partir en vacances avec ma femme. Avec ce permis, je pourrai travailler". Cet ordinateur à qui on peut demander de répéter la question, qui se met presque à notre portée en fait.

C'est une première phase ; au cours de la suite du projet, on verra ce que souhaite ce jeune, si effectivement le lien avec d'autres par rapport à Internet le poussent vers des projets qu'il a en lui.

Mais déjà, on peut dire que le lien avec l'auto-école et son permis de conduire reprend, il me disait : "ça faisait trois semaines que j'avais pas pu y aller, comme je l'ai raté deux fois j'étais découragé". Et quand on voit l'isolement de ce jeune homme, on ne peut pas sous-estimer un pas comme celui qu'il vient de faire, lui qui fuyait cet ordinateur "qui parle anglais".

Au fond, la question que je me pose quand je vais au-devant de cette personne, c'est "pourquoi lui devrait faire des kilomètres pour passer son Code de la Route, ce jeune qui n'a pas l'électricité, alors que d'autres profitent de ces "facilités" de la technologie ? doit-on continuer à le laisser croire que la société ne veut pas de lui ?"

24 décembre 2004

Présentation du projet à l'Unesco

J'ai eu l'occasion de présenter le projet "Internet de rue" à l'Unesco dans le cadre de la Commission Programmatique Mixte ONG - Unesco "Eradication de la Pauvreté, particulièrement de l'extrême pauvreté", où siège le Mouvement Atd Quart Monde. Le thème de séance était "Donner la parole aux sans-voix".

De nombreuses associations, organismes, disent aujourd'hui "donner la parole aux sans voix". Atd Quart Monde a sa propre expérience, fondée sur plus de 40 ans de proximité des plus pauvres. Si nous cherchons à ce que des personnes vivant des situations de grande pauvreté s'expriment, c'est pour leur permettre d'être, avec d'autres, actrices d'un changement, pour elles-mêmes, leur famille, l'ensemble des autres personnes vivant les mêmes situations... et la société. Cette "prise de parole des sans voix" est, pour nous, bien plus que l'exercice d'un "droit à l'expression" ou d'une "liberté d'expression". A l'image de ce qui existe dans d'autres milieux sociaux, pour qu'une prise de parole amène à un changement de la réalité, il faut qu'elle soit l'aboutissement d'un dialogue.
Dans ce cadre-là, "donner la parole" aux personnes qui vivent des situations d'extrême pauvreté demande des conditions, un cheminement pour arriver à un résultat. Les programmes Quart Monde - Université et Quart Monde - Partenaires que le Mouvement Atd Quart Monde continue de mener en sont une illustration.
Dans le projet "Internet de rue", nous envisageons dans les mois qui viennent de mettre en place, dans cet esprit, un espace d'expression où nous privilégierons la prise de parole des personnes en situation de grande pauvreté sur l'actualité, les questions de société.

Deux autres personnes sont intervenues lors de cette séance, dont Mme Stella Hugues, chef de section "Média et Société" à l'Unesco. Elle y a présenté un très intéressant programme qui associe radio et télécentres, intitulé "Centres Multimédias Communautaires" (CMC). L'un des aspects de ce programme est le "radio-surf" où des spécialistes commentent en direct sur les ondes de la radio, en langue locale, des pages web sur différents sujets : santé, agriculture, micro-crédit,... Ce programme s'est axé en particulier sur l'appropriation locale des projets (il fait, entre autres, de nombreuses interviews sur le terrain), sur la recherche de technologies adaptées (la radio-valise, la lampe à pétrole récepteur FM,...) , le développement d'activités rénumératrices tout en offrant des services à prix coûtant voire gratuits aux plus démunis. Lancé en janvier 2001, les CMC ont abouti à la création de 45 centres dans différents pays et le Sommet Mondial sur la Société de l'Information (SMSI) a conduit à son développement à grande échelle, avec l'idée d'en faire un service public.

Références :
Section du portail de l'Unesco sur les Centres Multimédia Communautaires
Présentation du guide en français. Il existe aussi un CDRom de présentation, disponible sur demande à l'Unesco.
Téléchargement du guide en français (147 p. - 4 Mo)

10 décembre 2004

Internet de rue et consommation

Il est souvent reproché aux plus pauvres de consommer : "ils ont une grosse TV", "ils se sont achetés un Home Cinéma",... Nous n'avons pas été exempts de ces critiques : "vous aller attirer des personnes qui n'en ont pas les moyens dans une spirale de dépenses, de sur-endettement"... On pourra faire le point à l'issue du projet, et se questionner aussi sur cette méfiance constante vis-à-vis de personnes très pauvres.

Comme d'autres personnes, notre démarche est une démarche citoyenne : au moment où une grande partie de notre société se met à utiliser cet outil (plus ou moins fréquemment), au moment où, dans certains pays pointe l'idée (parfois la mise en oeuvre) du vote électronique, il nous semble normal de faire une démarche vers ceux qui sont mis de côté pour qu'ils puissent au moins avoir l'expérience de ce que c'est.

La seule chose que nous ayons observé jusqu'à présent c'est que deux familles ont récupéré l'une un portable en Win 3.1, l'autre une station en win95.
Pourquoi ne pourrait-on pas aussi, même sans moyens, se passionner pour quelque chose ?

Accès aux droits

En rencontrant des personnes dans le cadre du projet "Internet de rue" se pose la question de l'accès aux droits.
Un jeune n'a pas de papiers d'identité. Ils lui sont nécessaires pour passer le permis de conduire. Certes, on peut télécharger un formulaire de demande... mais les démarches sont plus compliquées : récupérer le livret de famille chez son père qui habite ailleurs, prouver son domicile lorsqu'on habite en caravane...
D'autres personnes voudraient déposer une demande de RMI. Le formulaire existe, mais il faut arriver à comprendre comment faire après...
D'autres encore cherchent à se loger (en logement social), mais là, c'est "le maquis" pour s'y retrouver... et même une fois la demande déposée, comment suivre son dossier ?
"Internet" ne devrait pas seulement être un lieu de stockage de l'information, mais aussi un outil pour connaître ses droits et y avoir accès, surtout pour ceux qui ont le plus difficile...