L'article "La fracture numérique en Europe" de Patrick Cohendet (Bureau d'économie théorique et appliquée, Université de Strasbourg, France) et Lucy Stojak (chercheur à la McGill University de Montréal, Canada) publié dans le n°305 de la revue Futuribles tente d'approcher une typologie des non-utilisateurs et utilisateurs d'Internet ; une démarche assez rare pour être soulignée :
"Le risque de développement d’une société à plusieurs vitesses peut être mesuré lorsqu’on porte le regard, non pas prioritairement sur l’importance des connexions, mais sur les besoins et attitudes des utilisateurs effectifs (« the haves » en anglais) aussi bien que des non-utilisateurs (« the have-nots »). Une étude récente de Statistique Canada suggère les résultats suivants.
Parmi les non-utilisateurs d’Internet, on peut distinguer les groupes suivants :
- Groupe 1 : « les non-utilisateurs radicaux ». Il s’agit de personnes généralement assez âgées (plus de 65 ans) et / ou aux revenus très modestes, et qui ne voient aucun intérêt à investir dans un accès quelconque à Internet. Même avec une implication forte des pouvoirs publics, la probabilité que ce groupe reste à l’écart est grande.
- Groupe 2 : « les utilisateurs potentiels distants ». Il s’agit de personnes généralement âgées de 55 à 65 ans, qui n’ont pas les compétences pour utiliser Internet et peu de motivations pour le faire. Seule une implication forte des pouvoirs publics pour les convaincre de l’intérêt de se connecter et les former à l’utilisation des NTIC serait susceptible dans les années à venir de changer cette situation.
- Groupe 3 : « les quasi-utilisateurs ». Il s’agit de personnes qui, pour des raisons de moyens ou de situation géographique (dans des zones rurales ou montagneuses), n’ont pas encore accès à Internet, mais sont désireuses de trouver les moyens de se connecter.
Parmi les utilisateurs d’Internet, on peut distinguer les groupes suivants :
- Groupe 4 : « les utilisateurs occasionnels ». Il s’agit de personnes qui utilisent épisodiquement Internet (moins de 20 heures par mois), avec généralement un faible débit d’accès, en se cantonnant à des usages de type jeux électroniques non sophistiqués ou courrier électronique.
- Groupe 5 : « les utilisateurs réguliers ». Il s’agit de personnes généralement jeunes (moins de 40 ans) et de milieu relativement aisé, qui utilisent régulièrement Internet (plus de 20 heures par mois) en visant, quand elles peuvent y accéder, la plupart des services offerts par le haut débit.
- Groupe 6 : « la classe créatrice ». En faisant référence aux travaux récents de Richard Florida (FLORIDA Richard, The Rise of the Creative Class. New York : Basic Books, 2002), la classe créatrice composée de scientifiques, d’ingénieurs ou d’artistes, utilise Internet dans ses applications les plus poussées, aussi bien sur les lieux de travail qu’à domicile. Pour cette catégorie de citoyens, l’accès au haut débit et le renouvellement constant des outils pour suivre les développements les plus performants est un impératif.
Ce découpage de la société en catégories (d’importance à peu près égale dans un pays type de l’OCDE si on se réfère aux résultats de Statistique Canada) (…) permet de comprendre ce que signifie le risque d’un élargissement de la fracture avec une société à plusieurs vitesses."
Il manque sans doute à cette typologie les "abandonnistes" d'Internet, personnes équipées ou ayant utilisé Internet qui y ont renoncé (Katz J., Aspden P., 1997, « Motives, Hurdles and Dropouts », Communication of the ACM, vol. 40, issue 4 et Sally Wyatt, 1999).
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