L'ordinateur, outil de promotion sociale ?
Dans un intéressant article, titré "Ordinateur à 1 euro par jour pour les revenus modestes : une mesure contestée", Jean-Luc Raymond offre une très large synthèse des réactions à l'initiative gouvernementale.
La lecture des réactions diverses amène à se poser une question : pourquoi faut-il que des familles pauvres achètent un ordinateur, encouragées par un crédit de l'Etat ?
L'action 'Internet de rue' que nous avons menée dans deux départements d'Ile-de-France avec des familles très pauvres, les comparaisons que l'on peut faire avec d'autres actions telles que celles réunies sur le site de Psaume, conduisent à penser que ce qui intéresse les personnes, ce sont d'abord des perspectives d'avenir, pour elles-mêmes et pour leurs familles. Etre comme les autres, trouver un emploi, trouver un logement, pouvoir "faire ses papiers", inscrire ses enfants à l'école,... "Qu'on combatte la pauvreté au lieux de rafistoler un système inégalitaire !", disait un commentaire à l'article de Libération du 11 juillet.
L'ordinateur n'est pas seulement un objet de consommation qu'il faudrait avoir à l'instar du reste de la société. C'est un objet, un outil, dont l'utilité n'est pas encore avérée pour lutter contre la pauvreté.
Pourquoi ?
Il est vrai, comme nous avons pu le constater, que cet outil permet de rejoindre d'autres au niveau de ce qui nous est commun : la culture, les arts, les divertissements, les transports, une partie de l'administration (identité, impôts, assedics, allocations communes), la formation de base, etc. Mais dès que l'on arrive dans des domaines plus 'spécifiques', liés à la situation même des personnes (situation administrative complexe, emploi peu qualifiés, logements sociaux,...), le contenu présent sur Internet devient fortement restreint.
D'autre part, ce que cherchent les personnes que nous rencontrons, ce sont aussi des 'contenus qui leur parlent', c'est-à-dire qui parlent de leur expérience de vie. Ceux-là n'en sont qu'à leur débuts. Par exemple, les sites web de 'mémoire ouvrière' sont encore peu nombreux... et ceux de mémoire ouvrière des travailleurs précarisés encore moins.
Là où pèche la mesure gouvernementale, c'est qu'elle n'offre aucune perspective aux ménages les plus modestes de sortir de leur situation. L'ordinateur n'est pas un simple bien de consommation, même de divertissement. L'utilité précède l'usage, comme l'écrivait Philippe Mallein. Et ce sont les usages possibles qui rendront cet outil "populaire".









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